Le Royaume Uni a été hier le premier à vacciner contre le covid dans le monde occidental, une course révélatrice de l’enjeu politique, autant que médical, attaché à la question des vaccins dans le monde.

Margaret Keenan, une retraitée britannique de 90 ans, a été la première, dans un pays occidental, à recevoir le vaccin de Pfizer, mardi 8 décembre à Coventry.
Margaret Keenan, une retraitée britannique de 90 ans, a été la première, dans un pays occidental, à recevoir le vaccin de Pfizer, mardi 8 décembre à Coventry. © AFP / Jacob King / POOL / AFP

Ainsi donc, Margaret Keenan, une citoyenne de Sa Majesté britannique, a été hier la première dans un pays occidental à recevoir le vaccin contre le Covid-19. La Chine et la Russie vaccinent déjà de leur côté depuis des semaines, avant même d’avoir totalement terminé les essais cliniques.

L’enjeu est évidemment médical, la pandémie et ses conséquences justifient d’accélérer les procédures. Mais il y a aussi, évidemment, un énorme enjeu politique, pour tout le monde.

Sévèrement critiqué pour sa gestion erratique de la pandémie, Boris Johnson n’est pas peu fier de proclamer que le Royaume Uni vaccine en tête ; avant même les États-Unis, le pays d’origine du laboratoire Pfizer qui a fourni les vaccins ; ce qui a fortement agacé à Washington.

Londres a même tordu un peu la réalité en affirmant que c’était grâce au Brexit qu’il pouvait vacciner avant le continent, alors que le Royaume Uni suit toujours les règles de l’Union européenne ; il a simplement utilisé une clause d’urgence alors que les 27 ont préféré, pour rassurer leurs citoyens méfiants, suivre la procédure classique de validation, ce qui prend plus de temps.

Tous les gouvernements, on le voit aussi en France, jouent gros dans cette campagne de vaccination, et paieraient cher, politiquement, une logistique défaillante ou un refus majoritaire de se faire vacciner par manque de confiance.

Mais il y a aussi un enjeu planétaire dans ce qu’on pourrait appeler un « nationalisme des vaccins » ; on l’a bien vu, pendant la pandémie, les batailles idéologiques et les rivalités de puissance se sont poursuivies, comme l’ont montré Chinois et Américains.

Le vaccin, clé de la sortie de crise sanitaire, n’échappe pas à cette réalité. La Chine, qui a réécrit l’histoire de cette pandémie pour faire oublier les mensonges initiaux et vanter une épopée triomphale à la gloire de son chef, Xi Jinping, déploie une « diplomatie du vaccin » très active. Pékin propose ses vaccins aux pays des nouvelles « routes de la soie » qui lui en seront reconnaissants. Moscou fait de même et promet son vaccin « Sputnik V » à une quarantaine de pays.

Pour sa part, l’Europe a été, dans ce dossier, fidèle à ses valeurs, en favorisant au printemps dernier la création de l’initiative Covax, avec l’OMS, pour permettre que tout le monde, et pas seulement les pays riches, aient accès aux vaccins. Les Chinois ont timidement rejoint cette initiative, mais pas les États-Unis de Donald Trump.

Ce dernier s’est montré jusqu’au bout fidèle à son unilatéralisme : hier, il a signé un « executive order », un décret présidentiel, ordonnant que les Américains bénéficient de vaccins avant le reste du monde. Le problème est que le « New York Times » révélait qu’il avait laissé passer la possibilité de commander 100 millions de doses du vaccin Pfizer le mois dernier.

Ces querelles sont assez pitoyables, avouons-le, sur un sujet sur lequel on aurait pu espérer une union sacrée planétaire pour lutter contre un fléau qui ne connait pas de frontières. Une occasion ratée qui laissera des traces à l’heure du bilan.

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