Une lettre, pas un mot, une lettre fondait ce discours de Condoleezza Rice. Cette lettre, c’était le « s », cette marque du pluriel, à la fin du mot « génération » dans la phrase : « Comme l’a dit le Président, la propagation de la liberté est l’œuvre de générations ». Elle prendra, autrement dit, du temps. L’Amérique, autrement dit, ne s’apprête plus à forcer le mouvement à la force du fusil. Elle ne se prépare pas à de nouvelles interventions militaires et l’on pouvait presque entendre, dans le même passage, un début de réflexion sur la guerre d’Irak lorsque la secrétaire d’Etat disait, devant tout le gratin politique français venu l’écouter, hier, à Sciences Po : « La réforme démocratique au Proche-Orient sera difficile et inégale. Les différentes sociétés iront de l’avant par leur propre chemin. La liberté, de par sa nature même, doit être mûrie de l’intérieur. Elle ne peut pas être donnée et certainement pas imposée ». On ne saurait mieux dire. Condoleezza Rice, surtout, n’aurait su plus clairement signaler à l’Europe à laquelle elle était venue tendre la main à Paris qu’il y avait désormais plus de sobriété, moins d’impatience et de « yaka », plus de réalisme, dans la volonté des Etats-Unis de favoriser une évolution démocratique du monde arabo-musulman, justement décrite comme une condition de la paix dans le monde. C’était là le premier message de ce discours. Le deuxième n’était pas moins important. « Cet ordre du jour global demande un partenariat global », a dit la secrétaire d’Etat en rappelant que la Guerre froide n’aurait pas été gagnée sans l’unité de l’Europe et de l’Amérique. « C’est la raison pour laquelle, a-t-elle poursuivi, les Etats-Unis saluent l’unité croissante de l’Europe. L’Amérique a tout à gagner à avoir une Europe plus forte comme partenaire dans la construction d’un monde meilleur et plus sûr », a-t-elle insisté en lançant alors : « Mettons sur la table nos idées, nos expériences et nos ressources, discutons et décidons ensemble du meilleur moyen de les employer au changement démocratique ». Il n’était plus question de « qui m’aime me suive ! », de « jeune » et de « vieille » Europe, mais d’un partenariat, d’une discussion et d’une décision commune et même si l’on n’est là qu’aux mots, ceux-là sont plus intéressants que ceux d’hier. L’Amérique a besoin de l’Europe. Même Georges Bush l’a compris et c’est tant mieux. Quant au troisième message, le plus direct, le plus clair, il était aussi le plus concret. L’Amérique, a dit Condoleezza Rice, voit dans la reprise en cours du dialogue israélo-palestinien « la meilleure chance de paix pour les années à venir et nous voyons (là) tous deux (vous les Européens et nous les Américains) une occasion d’aller de l’avant, d’abord vers la Feuille de route et, au bout du compte, vers notre clair but, une authentique et réelle paix ». Jamais, jusqu’à ce discours, l’Amérique n’avait aussi explicitement dit ce que pensent les Européens, tous les Européens - que le retrait de Gaza n’est pas un objectif en soi mais une étape vers un règlement global. On l’entendait, c’est maintenant dit. Il y a là un véritable et nécessaire champ d’action commun et, pour le reste, à l’Europe, conviée sur le terrain des idées, de savoir faire ses propositions. C’est le défi d’un discours bienvenu.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.