Le Danemark est un très proche allié des Etats-Unis aux côtés desquels il s’était engagé en Irak. La liberté d’expression est, en Amérique, un principe constitutionnel, sans doute l’un des plus sacrés, constamment invoqué et objet d’un consensus général, de la droite républicaine à la gauche démocrate. Tout aurait ainsi dû conduire la Maison-Blanche à défendre, bec et ongles, le droit de publier et republier ces caricatures de Mahomet, mais c’est loin d’être le cas. Depuis le début de cette crise, Washington observe, au contraire, une extrême prudence, condamnant, naturellement, les violences, dénonçant maintenant la part qu’y prennent la Syrie et l’Iran, rappelant, bien sûr, l’attachement des Etats-Unis à la liberté d’expression, mais exprimant, aussi, sa compréhension de l’indignation ressentie dans le monde musulman et appelant avec insistance à la « responsabilité » de la presse. Dans cette affaire, la Maison-Blanche veut manifestement rester au-dessus de la mêlée, presque neutre, et il y a beaucoup de raisons à cela. La première est que Georges Bush doit largement sa présidence à la droite chrétienne, extrêmement influente au sein du Parti républicain, est que cette droite n’aime évidemment pas les blasphèmes et admettrait mal que « son » Président défende le droit à se moquer d’une religion. Si hostile qu’elle soit aux islamistes, voire à l’Islam, cette droite a, qui plus est, des affinités naturelles avec les intégristes musulmans aux côtés desquels elle ne dédaigne pas de combattre le droit à l’avortement ou les droits des homosexuels. La politique intérieure américaine pèse lourd dans la prudence de la Maison-Blanche mais c’est la politique étrangère qui la commande. Georges Bush ne peut pas prendre le risque d’abord de rapprocher chiites et sunnites irakiens en semblant approuver, si peu que ce soit, des caricatures de Mahomet. Il lui faut continuer de pouvoir s’appuyer sur les chiites, apaiser les sunnites, tenter de recoller les morceaux d’un pays éclaté et certainement pas le dresser tout entier contre les Etats-Unis mais ce n’est pas son seul problème. L’Amérique a des alliés dans le monde arabo-musulman, des alliés aussi précieux et indispensables que les présidents afghan et pakistanais, les souverains marocain et jordanien ou, encore, le gouvernement de l’Indonésie, premier pays musulman du monde. Tous sont extrêmement inquiets des réactions suscitées par ces caricatures, du profit politique qu’en tirent leurs islamistes, et la Maison-Blanche ne veut pas accroître leur embarras en semblant se ranger du côté des blasphémateurs. Et puis enfin, parfaitement conscients de la montée des islamistes dans tout le Proche-Orient, les Etats-Unis sont soucieux de pouvoir trouver, un jour, un terrain d’entente avec les plus modérés d’entre eux, avec ces conservateurs musulmans, intégristes, radicaux, mais sans hostilité de principe à l’égard des Etats-Unis dont ils apprécient la libre-entreprise, la religiosité et la puissance. Les Etats-Unis commencent à faire une différence entre islamistes et djihadistes, entre terrorisme et intégrisme, et l’on sent bien, dans la retenue de Georges Bush, un souci de ne pas injurier l’avenir.

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