Leur optimisme n’est pas démenti. Comme ils l’avaient prédit, les deux grands partis palestiniens, Hamas et Fatah, les islamistes et les laïcs, les adversaires et les partisans d’un compromis avec Israël, sont parvenus, hier, à la Mecque, à un accord sur la formation d’un nouveau gouvernement d’union nationale qui « respectera » (c’est le mot choisi) les accords passés avec Israël. L’Intérieur, les Affaires étrangères et les Finances, les trois ministères clés, iront à des indépendants. Majoritaire depuis les élections de janvier 2006, le Hamas détiendra neuf portefeuilles contre six au Fatah. Ismaïl Haniyeh, Premier ministre sortant et membre du Hamas gardera son poste mais flanqué d’un vice Premier ministre choisi par Mahmoud Abbas, membre du Fatah et Président de l’Autorité palestinienne. Aussitôt salué dans les Territoires par une explosion de joie, cet accord devrait mettre fin aux affrontements entre Palestiniens qui avaient fait près d’une centaine de morts la semaine dernière. De ce seul point de vue, on ne peut que s’en réjouir mais cet accord de La Mecque, suscité par les Saoudiens et signé en présence du roi Abdallah, est avant tout, porteur d’une nouvelle donne régionale. Mis dos au mur par la suspension des aides occidentales, pressé de faire ce pas par les capitales arabes qui veulent un règlement définitif de ce conflit, les islamistes n’auront finalement mis qu’un an pour mettre entre parenthèses leur charte qui appelle à la constitution d’un Etat palestinien dans l’ensemble de la Palestine du mandat britannique. Bien que les mots de « reconnaissance d’Israël » ne soient pas prononcés, le seul fait que le Hamas se soit ainsi engagé à « respecter » les accords précédemment signés avec l’Etat juif vaut reconnaissance de fait et lève l’obstacle de fond à une reprise des pourparlers de paix que Mahmoud Abbas, partisan de la coexistence de deux Etats, reçoit mandat de conduire. C’est la totalité de la représentation palestinienne qui se dit maintenant prête à un compromis. C’est un immense progrès mais cela signifie-t-il, pour autant, que la paix soit en vue ? Non. On n’en est malheureusement pas là pour trois raisons. La première est qu’il n’est pas certain que les Etats-Unis ne veuillent pas d’engagements plus formels pour reprendre leur aide à l’Autorité palestinienne et qu’il y aura, à cet égard, de grands tiraillements entre l’Europe et l’Amérique. La deuxième raison de ne pas céder à l’euphorie est que le Hamas et le Fatah sont loin d’être d’accord sur les termes d’un très éventuel règlement avec Israël. Il y a armistice entre les Palestiniens mais pas d’accord de fond et enfin, troisième problème, le gouvernement israélien est si totalement affaibli par l’échec de la guerre du Liban et les scandales qui le secouent qu’il n’est pas en situation de se montrer audacieux. Une fenêtre d’opportunité s’est ouverte mais elle est extrêmement étroite.

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