Entre la France et l’Allemagne, les liens se resserrent. Ils avaient été longtemps distendus par le manque de chimie entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, par la plus grande proximité, surtout, que le président de la République se sentait avec la Grande-Bretagne, par l’illusion, également, que la chancelière avait entretenue sur les possibilités de l’Allemagne de se sortir seule de la crise mais, ce week-end, la locomotive de l’Union européenne s’est remise en route. A Munich, en marge de la conférence annuelle sur la sécurité où Joseph Biden, le nouveau vice-président américain, était venu exposer les grandes lignes de la politique étrangère de Barack Obama, la chancelière et le président ont décidé de demander ensemble un sommet extraordinaire de l’Union. Cette proposition sera adressée aujourd’hui à la République tchèque, actuellement en charge de la présidence tournante des 27, et l’objectif est ambitieux. Dans la perspective de la réunion du G-20, le 4 avril, à Londres, sur la régulation de l’économie mondiale – sur ce que Nicolas Sarkozy appelle la « refondation du capitalisme » – l’Allemagne et la France voudraient accélérer la définition de positions européennes communes. Elles voudraient, autrement dit, obtenir de l’Union qu’elle défende, à Londres, de vrais changements et, parallèlement, Paris et Berlin voudraient relancer les efforts de concertation européenne face à la crise qui marquent le pas depuis deux mois. Sur la régulation des marchés, la convergence entre la chancelière et le président n’est pas nouvelle. L’une et l’autre prônent des mesures radicales, « des décisions structurelles », disait, jeudi, le second, mais leur rapprochement est, en revanche, notable sur la concertation européenne face à la crise qu’Angela Merkel avait freiné des quatre fers, en décembre encore, par crainte que l’Union ne demande trop d’efforts à son pays, le plus riche des 27. La chancelière a évolué. C’est un signe de la dégradation de la situation économique internationale et de la montée de l’inquiétude mais un espoir, aussi, que l’Union sorte du chacun pour soi, cesse d’additionner des plans nationaux sans cohérence européenne et envisage de vraies mesures communes. Cela ne se fera pas d’un coup mais, au moins, la France et l’Allemagne indiquent-elles, ensemble, la direction à prendre alors même qu’elles ont exprimé, à Munich, des positions diplomatiques très semblables. L’une et l’autre ont plaidé, devant Joseph Biden, pour l’affirmation d’une Défense européenne et l’intégration de la Russie à une architecture de sécurité continentale et ce qui aurait constitué, autrefois, une double divergence avec Washington n’en était plus une. Il y eut non seulement, à Munich, un rapprochement franco-allemand mais aussi une convergence franco-germano-américaine car le vice-président de Barack Obama a beaucoup insisté sur la nécessité d’une coopération avec la Russie et s’est montré d’autant plus ouvert à l’idée d’une Défense européenne que Nicolas Sarkozy a confirmé sa volonté de faire revenir la France dans le commandement intégré de l’Otan. La donne change.

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