François Fillon, dit-on, n’aurait pas pu refuser de laisser payer ses vacances par Hosni Moubarak sans blesser le président d’un pays ami auquel la France est nécessairement iée. C’est vrai. C’est absolument vrai mais c’est bien la raison pour laquelle le Premier ministre n’aurait pas dû aller passer ses vacances en Egypte alors qu’il était évident que ce problème se poserait. François Fillon, ajoute-t-on, n’est pas le premier dirigeant français à aller bronzer en famille aux frais d’un dictateur et c’est encore vrai. Hassan II, l’ancien souverain marocain, c’était ainsi fait une spécialité d’offrir des vacances de rêve à tout ce qui comptait dans la politique française mais ce n’est pas parce que d’autres se sont compromis dans ces facilités qu’il faut les perpétuer car ce n’est parce que tant de gens traversent hors des clous que le Premier ministre devrait en faire autant. Par quelque bout que l’on prenne cette affaire, elle est gênante, pénible, d’autant plus insupportable qu’elle jette une lumière par trop crue sur la vigueur avec laquelle François Fillon avait défendu sa ministre des Affaires étrangères et sa semaine tunisienne. La France s’en remettra mais la France est aujourd’hui humiliée par des dirigeants qui l’incarnent bien mal et dont le comportement, surtout, souligne à quel niveau la diplomatie française est tombée. Sans même remonter jusqu’au général de Gaulle, des ministres comme Hubert Védrine et Dominique de Villepin avaient su, il y a quelques années encore, porter haut la voix de la France. Avec eux, la France existait sur la scène internationale mais depuis ? Depuis, la France a rejoint le commandement intégré de l’Otan. Elle a renoncé à affirmer sa différence au sein de l’Alliance atlantique sans avoir obtenu quoi que ce soit en contrepartie, ni responsabilité significative ni redéfinition du rôle de cette alliance, plus que jamais déterminé par la conception que l’Amérique se fait de ses intérêts. La France s’est banalisée et la grande rupture promise à sa diplomatie n’a ouvert la voie qu’à de vrais reculs. La France devait dire leur fait aux dictatures et, partout, défendre les droits de l’homme mais après avoir réalisé qu’elle ne pouvait pas cantonner ses relations internationales au petit cercle des démocraties, la France a vite tordu le bâton dans l’autre sens, courtisant comme personne tous les régimes autoritaires et, d’abord, la Chine. En fait de rupture, on pouvait mieux faire et, parallèlement, la France a perdu pied en Afrique, s’est laissé snober par les Etats-Unis qui la tiennent désormais pour quantité négligeable et plus specaculaire encore, s’est retrouvée à la traîne d’une Allemagne qui, en Europe comme sur la scène internationale, tend à lui ravir aujourd’hui les premiers rôles. Même au Liban, pays qu’elle a créé, la France ne pèse plus d’un poids propre. On ne l’entend plus sur le conflit israélo-palestinien mais elle a, en revanche, parfaitement su manquer d’élan face aux soulèvements égyptien et tunisien et réussi à se brouiller avec la Turquie francophone et francophile en étant la plus ardente à lui claquer au nez la porte européenne La diplomatie française a un problème de vacance mais c’est au singulier qu’il faut écrire ce mot.

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