L’analyse est une chose, l’information qui la corrobore en est une autre. Pour qui connaît le milieu dont sort Vladimir Poutine, les services secrets soviétiques, leur culture et leur lecture du monde, il était bien évident que son refus d’appuyer la moindre condamnation du régime syrien par l’Onu tenait à son rejet viscéral du printemps arabe et de cette contagion démocratique qui, partie de Tunis il y a un an, avait atteint Moscou en décembre dernier.

Il n’y avait pas grand risque à le dire mais cela vient maintenant d’être confirmé par la meilleure des sources possibles, Vladimir Poutine lui-même. « Un culte de la violence s’est imposé dans les relations internationales au cours de la décennie écoulée », a-t-il déclaré hier avant d’ajouter : « Cela ne peut manque de susciter des préoccupations et nous devons empêcher une chose de ce type de se produire dans notre pays ». A ses yeux, les manifestations tunisiennes, égyptiennes, yéménites et syriennes ne sont, autrement dit, que la suite et la répétition de ces manifestations, dites « de couleur », qui avaient fait tomber Slobodan Milosevic en Serbie avant d’ébranler, encore plus près de lui, l’Ukraine, la Géorgie ou la Kirghizie, d’anciennes républiques soviétiques, depuis vingt ans indépendantes mais où la Russie continue de peser lourd.

Orange pour l’Ukraine, chacune avait eu sa couleur, d’où leur nom commun, et le Kremlin a toujours été persuadé qu’elles avaient été fomentées par la CIA parce qu’il est vrai – absolument vrai – que plusieurs fondations américaines prônent et popularisent, ouvertement, la promotion de la démocratie par la non-violence et vont jusqu’à former à ces méthodes, tout aussi ouvertement, des militants étrangers qui le désirent.

Les Etats-Unis espèrent s’attacher ainsi des amis et relais politiques dans les jeunes générations des pays autocratiques dont les pouvoirs leur semblent chancelants. C’est autrement mieux que de former des tortionnaires comme ils le faisaient autrefois dans les pays d’Amérique latine. Aujourd’hui très soutenue par Hilary Clinton, c’est une politique de long terme, audacieuse et très assumée, nullement désintéressée, bien sûr, mais qui n’est pas assimilable à de la subversion organisée car les Etats-Unis ne créent pas là de situations révolutionnaires, tâche au demeurant impossible, mais préparent des jeunes gens sortis d’ONG locales à y faire face, par la non-violence.

Le problème est que, depuis la chute de Milosevic, les services de renseignements russes craignent infiniment plus la propagation de ces techniques d’agitation pacifique que tout l’arsenal nucléaire américain, qu’ils ont toujours été persuadés que leur cible ultime était la Russie, qu’ils n’ont vu dans le printemps arabe qu’une confirmation de cette crainte qui, pour eux, est maintenant avérée puisqu’on manifeste à Moscou.

Cela s’appelle la conception policière de l’histoire. Vladimir Poutine est, bien évidemment, le premier à y souscrire, oubliant l’excellent proverbe russe qui dit que, lorsque la pression est trop forte, le couvercle du samovar saute, et de lui seul. C’est ce qui s’est produit dans le monde arabe et se passe en Russie mais, au lieu de baisser la pression, Vladimir Poutine s’assied sur le samovar.

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