L’échec reste possible mais il n’est plus le plus probable. Un échec reste possible parce que les détails du règlement de la crise ukrainienne, esquissé vendredi à Moscou par François Hollande, Vladimir Poutine et Angela Merkel doivent encore être précisés et qu’ils sont tout, sauf secondaires.

Il s’agit de définir l’étendue exacte des zones orientales qui bénéficieraient d’une autonomie au sein de l’Ukraine, d’expliciter et limiter les droits que cette autonomie donnerait aux régions concernées, de ne laisser aucun flou sur la manière dont serait exercé le contrôle de la frontière russo-ukrainienne et de savoir formuler enfin - c’est essentiel et particulièrement délicat - la neutralité à laquelle s’astreindrait l’Ukraine, autrement dit son engagement à ne pas entrer dans l’Alliance atlantique.

Il faudra, dit un diplomate européen, « nommer et conditionner » - tâche ardue entre toutes car derrière chaque mot, se jouent le respect, premièrement, de la souveraineté de l’Ukraine et de son intégrité territoriale, les garanties demandées, deuxièmement, par les Russes et la crédibilité enfin de François Hollande et d’Angela Merkel, initiateurs de cet accord qu’ils sont allés promouvoir ensemble à Kiev puis à Moscou.

Même si ces obstacles sont surmontés et que cet accord est bel et bien signé après-demain, à Minsk, par la chancelière allemande et les présidents français, russe et ukrainien il faudra encore quela Rada , le Parlement ukrainien, le ratifie alors que c’est une coalition qui gouverne à Kiev et que certains de ses membres pourraient contester certaines des concessions faites par le président.

Tout peut échouer, oui, jusqu’à la dernière minute et même après, mais tout laisse pourtant espérer un succès pour trois raisons :

La première est que, si sourcilleux qu’il se montre sur chaque point, Vladimir Poutine a tout intérêt à finaliser un accord qui lui permettrait, avant que les difficultés économiques de son pays n’entament sa popularité, de se targuer d’avoir obtenu l’autonomie des régions orientales de l’Ukraine et tenu l’Alliance atlantique à distances des frontières russes.

La deuxième est que même des livraisons d’armes occidentales ne donneraient pas les moyens à l’Ukraine de s’opposer victorieusement à l’armée russe et cela d’autant moins que, sitôt que l’Ukraine serait armée par les États-Unis ou des Européens, la Russie décuplerait son niveau d’ingérence militaire.

L’Ukraine a un intérêt vital à un compromis et la troisième raison d’espérer un accord est que les États-Unis l’espèrent eux-mêmes car ils n’ont aucune envie de devoir s’engager dans un conflit en Europe et besoin de pouvoir obtenir la coopération de la Russie sur les foyers de crise proche-orientaux.

Le meilleur signe qu’un accord est en bonne voie est que les trois présidents et la chancelière ont confié sa finalisation à leurs diplomaties et non pas à leurs conseillers directs. Peut-être est-on à la veille d’une première historique que serait la résolution d’une crise internationale par le couple franco-allemand. Bien des choses en seraient changées en Europe et dans le monde mais… attendons mercredi.

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