L’insurrection perd pied, le pouvoir syrien reprend la main. On pourrait ainsi croire à une fin prochaine de cette guerre par la défaite des uns et la victoire des autres mais, sauf compromis régional, ce n’est pourtant pas ce qui s’annonce.

Ce pourrait bien être, au contraire, un rebond de ce conflit à l’échelle proche-orientale car il y a longtemps que la Syrie est devenue le champ de bataille du chiisme et du sunnisme, des deux religions de l’islam et de leurs champions respectifs que sont l’Iran et l’Arabie saoudite, les deux puissances de la région.

Les Iraniens y soutiennent le régime parce que la famille Assad, au pouvoir depuis six décennies, appartient à une branche du chiisme et que c’est sur elle qu’ils s’étaient appuyés, depuis les années 80, pour se projeter, jusqu’au Liban, en terres arabes. Les Saoudiens y soutiennent, eux, l’insurrection parce qu’elle est sunnite comme plus de 60% de la population syrienne et qu’ils ont vu dans ce soulèvement l’occasion de briser les ambitions régionales de l’Iran.

C’est leur prédominance sur le Proche-Orient que ces deux puissances jouent en Syrie. Pour chacune d’elles, l’enjeu est décisif et sauf si elles parvenaient, au pied du mur, à négocier les limites de leurs zones d’influence, sauf soudain et miraculeux triomphe de la Raison, ce n’est pas l’actuel recul de l’insurrection sous les bombes russes qui mettra terme à ce conflit.

Les Saoudiens voudront reprendre l’avantage, les Iraniens ne pas le perdre et les Russes risquent fort de se retrouver embourbés dans une guerre de Trente ans.

Alors, question : qui a le plus de chances de l’emporter ?

L’Iran a de vraies armées et une vie politique qui, pour être totalement verrouillée par ses institutions cléricales, n’en permets pas moins une alternance entre les courants réformateurs et conservateurs du régime. L’Iran a un potentiel économique que la levée des sanctions va maintenant libérer et, surtout, une jeunesse remarquablement bien formée par des universités, ou voile ou pas, les femmes sont majoritaires.

L’Arabie saoudite n’a rien de tout cela. Elle a des armes extrêmement sophistiquées mais peu d’armées, pas la moindre vie politique et sa société a été maintenue par la monarchie dans l’archaïsme et l’obscurantisme religieux.

L’Arabie saoudite est un pays déclinant alors que l’Iran est ascendant mais attention ! Baisse du pétrole ou pas, l’Arabie dispose toujours d’énormes réserves financières alors que l’Iran doit rebâtir son économie et que sa population aspire à la paix et la démocratie, pas plus au statu quo politique qu’à de nouvelles guerres. L’Iran est politiquement incertain alors que la monarchie saoudienne tient encore le pays et peut s’appuyer, face aux chiites, sur les sunnites qui sont, et de très loin, majoritaires au Proche-Orient.

Entre ces deux puissances, rien ne serait joué d’avance. C’est pour cela que les Européens, France en tête, les ménagent l’une et l’autre et que les Etats-Unis ne veulent pas se réengager dans la région.

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