L'Europe et le docteur Trump

Et puis il y eut Trump. Jusqu’à l’arrivée de cet homme à la Maison-Blanche, les conservateurs polonais au pouvoir depuis deux ans n’avaient pas de mots assez durs pour critiquer l’Union européenne dont leur pays est membre depuis 2004.

Ils ne voulaient pas la quitter, bien sûr, car l’économie polonaise y perdrait trop mais ils détestaient et dénonçaient tout à la fois la supranationalité de l’Union, l’évolution des mœurs dans ses principales capitales, le poids qu’y occupe l’Allemagne toujours considérée comme un ennemi héréditaire par le Parti droit et justice, le PiS, et cette idée, surtout, que la Commission avait eue de résoudre la crise des réfugiés en les répartissant entre Etats membres.

La Pologne était en si mauvais termes avec le reste de l’Union qu’en septembre dernier encore, le leader historique du PiS, Jaroslaw Kaczynski, convergeait avec le Premier ministre hongrois, le très autoritaire et nationaliste Viktor Orban, pour appeler à une « contre-révolution culturelle » visant à réaffirmer les nations européennes contre « l’hégémonie » allemande.

Vue de Paris et Berlin, la Pologne devenait un vrai problème mais, lorsque les Britanniques ont caressé l’ambition de se maintenir dans le Marché unique tout en fermant leurs frontières aux ressortissants de l’Union, les conservateurs polonais se sont brusquement rapprochés des Allemands, des Français et de la Commission.

Ils avaient besoin de leur appui car beaucoup de leurs compatriotes vivent et travaillent en Grande-Bretagne d’où ils envoient de l’argent à leurs familles. Leur expulsion serait une catastrophe économique pour la Pologne qui a ainsi fait front avec Paris et Berlin dans la fermeté vis-à-vis de Londres.

Quelque chose, déjà, avait changé dans l’Union. Les lignes s’y redessinaient d’autant plus que la Hongrie de Viktor Orban amorçait parallèlement un rapprochement avec Moscou et puis…

Et puis il y eut Trump.

Là, le ciel est tombé sur la tête des conservateurs polonais car ce nouveau président américain qui ne tarit pas d’éloges sur Vladimir Poutine et met en doute la pérennité de l’Alliance atlantique a semé la panique à Varsovie. Les Polonais se sont vus en danger de se retrouver seuls face à la Russie et se sont sentis tellement isolés qu’il leur fallait raccrocher les wagons avec leurs partenaires de l’Union.

Ca tombait bien car la France et l’Allemagne ont besoin, de leur côté, que la Pologne ne fasse pas obstacle à leur volonté d’aller de l’avant dans l’intégration européenne en faisant de l’Union une « Europe à plusieurs vitesses », idée que les Polonais n'aiment guère. Mme Merkel était donc mardi à Varsovie. Le contentieux n’était pas mince mais les choses se sont assez bien passées car l’idée d’une Défense commune séduit désormais tant Jaroslaw Kaczynski qu’il en était hier à évoquer l’espoir d’un parapluie nucléaire européen qui ferait de l’Europe, a-t-il dit, « une superpuissance » - tout ce dont il ne voulait pas entendre parler jusque-là.

L’Europe n’est décidément pas morte et c’est à M.Trump qu’on le doit.

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