Le contrat de gouvernement auquel sont parvenus Mme Merkel et la direction social-démocrate ne satisfait pas plus la gauche que la droite

Les faits, d’abord. Salué à Paris et Bruxelles comme une promesse de relance de l’unité européenne, le contrat de gouvernement auquel Mme Merkel et la direction sociale-démocrate sont parvenus hier provoque, au contraire, tant à gauche qu’à droite, grincements et fureur à Berlin.

         C’est chez les conservateurs que la colère est la plus grande. « Chancelière à tout prix », titre en « une » le quotidien Bild, très ancré à droite et dont les ventes frôlent toujours les quatre millions d’exemplaires, avant d’ajouter : « Merkel offre le gouvernement au SPD", le parti social-démocrate. C’est ce que pensent aussi beaucoup des grands noms de la démocratie-chrétienne qui ne parient apparemment pas sur la longévité de la chancelière puisqu’ils se permettent de déclarer publiquement que le résultat des négociations avec le SPD est « lamentable », que « ce résultat ne peut pas satisfaire » l’Union démocrate-chrétienne ou, encore, que le danger est grand que « la politique européenne du SPD s’installe au ministère des Finances », ministère dont vont hériter les sociaux-démocrates, partisans d’une politique d’investissements communs de l’Union et, surtout, de la zone euro. 

         Cette colère n’est en rien surprenante car le fait est que, dans la négociation de ce contrat de gouvernement, la majeure partie des concessions est venue de Mme Merkel et que la gauche a ainsi obtenu satisfaction sur sa volonté de voir les excédents budgétaires nourrir une politique de relance tant en Allemagne que dans le reste de l’Union. 

Si ce contrat est appliqué, l’Allemagne change de pied et bien des choses bougent dans l’Union mais il n’est nullement certain que la base du SPD, quelque 440 000 militants, donne son accord à la reformation d’une grande coalition lors du référendum interne auquel elle est maintenant appelée. La base est réticente parce que le SPD, c’est vrai, a beaucoup perdu de son identité et de ses électeurs dans ses deux dernières coalitions avec la droite et qu’une cure d’opposition est donc très tentante pour des militants en quête d’un retour aux sources. 

Alors on ne sait pas. La relance de l’Union est suspendue à la crise de la social-démocratie, aussi profonde en Allemagne que partout, et aux divisions de la démocratie-chrétienne entre ses deux ailes, libérale d’un côté, européenne et sociale de l’autre. 

 Normalement, la fureur de la droite devrait porter la gauche à voter « oui », à voter pour ce qui est sa victoire, mais la prudence s’impose car la droite comme la gauche sont aujourd’hui divisées entre des positions identitaires enracinées dans l’Histoire et la tentation, désormais française, de la constitution d’un grand centre attrape-tout cimenté par l’ambition européenne. C’est le débat allemand qui est celui de toute l’Union.

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