C’est une spécificité du fonctionnement politique américain. Avant toute grande annonce, la Maison-Blanche organise des fuites dans le triple but de tester les décisions prises, d’y préparer l’opinion et d’en faire un événement central. Il y a donc toutes raisons d’accorder crédit aux informations publiées, hier, par le New York Times sur la nouvelle stratégie irakienne que Georges Bush présentera, demain soir, dans son allocution télévisée. Pour l’essentiel, les mesures envisagées consisteront à tenter de réparer les erreurs commises dans la conception même de cette intervention et les mois qui avaient suivi la chute de Saddam Hussein. Alors que, dès l’origine, les généraux américains avaient réclamé l’envoi d’effectifs plus importants, c’est seulement maintenant, l’échec consommé, que la Maison-Blanche se décide à envoyer des troupes supplémentaires dont le nombre pourrait atteindre les 20 000. Alors que, dès l’origine, il était évident que la condition sine qua non d’une réussite de cette aventure était que les Irakiens en retirent un bénéfice matériel immédiat, c’est seulement maintenant que Georges Bush pense à une aide financière (un milliard de dollars, dit-on) destinée à favoriser la création d’emplois. Alors enfin que, dès l’origine, la marginalisation des sunnites et le licenciement des fonctionnaires et militaires ayant appartenu au parti Baas avaient fait craindre le pire, ce n’est qu’aujourd’hui que les Etats-Unis vont revenir sur ces deux fautes cardinales en exigeant du gouvernement irakien, dominé par les chiites, qu’il donne plus de place politique aux sunnites, tende la main aux anciens membres du Baas et redistribue les revenus du pétrole de manière à ce que les régions sunnites, dépourvues de puits, en bénéficient au pro rata de leur population. La deuxième remarque à faire sur ces mesures et que toutes pourraient parfaitement bien s’inscrire dans un plan de désengagement avant les élections présidentielles de 2008. Les nouvelles troupes seront concentrées à Bagdad avec pour mission de faire reculer la violence dans la capitale, celle qui est la plus visible, et de permettre ainsi d’annoncer au retour en calme. Quant aux gestes vis-à-vis des sunnites, ils sont laissés au gouvernement chiite auquel il sera ainsi possible d’en imputer l’échec avant de lui dire, en conséquence, de se débrouiller seul. Le seul point vraiment intéressant dans tout cela est l’intention prêtée à Georges Bush de faire un pas vers la relance du processus de paix israélo-palestinien. Tout indique que la Maison-Blanche s’oriente dans cette direction. Condoleezza Rice est annoncée dans la région. Le Quartette – le groupe de liaison sur le Proche-Orient formé par les Etats-Unis, la Russie, l’Europe et l’Onu – devrait se réunir à Paris le 25 janvier en marge d’une réunion sur le Liban. Là, des choses bougent mais il faut attendre ce qu’en dira vraiment Georges Bush et, surtout, ce qu’il fera.

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