Les sondages étaient sans appel mais le vote a tranché. Battue de plus de dix points par Barack Obama dans les intentions de vote du New Hampshire, Hillary Clinton l’a finalement devancé, hier, dans les urnes cette primaire. Avec 39% des voix contre 37% au jeune sénateur de l’Illinois, l’ancienne Première dame de Etats-Unis retrouve ainsi toutes ses chances dans la course à l’investiture démocrate. Tout comme Barack Obama n’avait pas déjà gagné après l’Iowa, il n’a pourtant pas déjà perdu après le New Hampshire. Deux points de retard sur Hillary Clinton dans un Etat où elle avait toujours fait la course en tête sauf durant ces quatre derniers jours, sur la vague de l’Iowa, ce n’est pas plus qu’un revers. Cela casse un élan qui aurait pu devenir irrésistible si Hillary Clinton n’avait pas redressé la barre mais ce résultat n’enlève pas ses espoirs à un homme dont les atouts sont, et restent, solides. Dans un pays qui aspire à écrire une nouvelle page, Barack Obama a l’énorme avantage d’incarner une rupture absolue et de pouvoir – parce qu’il ne rappelle pas les batailles du passé – séduire à la fois les jeunes démocrates, une frange, étroite mais non négligeable, de l’électorat républicain et, surtout, les indépendants, ceux des électeurs qui ne s’identifient à aucun des grands partis. La bataille entre les deux prétendants démocrates va maintenant durer jusqu’au 5 février, jusqu’au « Super Tuesday », ce Super mardi qui verra 23 Etats, dont les plus grands, voter le même jour. Là, dans quatre semaines exactement, les jeux devraient être faits. Les Démocrates devraient avoir alors tranché entre une expérience reconnue et l’attrait d’un appel d’air mais attention ! Après les primaires, il y a la présidentielle et, en donnant, hier, cinq points d’avance à John McCain, les Républicains pourraient bien avoir mis en selle un candidat de poids. A 71 ans, sans grands moyens financiers et sans aucun charisme, le sénateur de l’Arizona, n’a rien, a priori, d’un futur Président. Défenseur de la guerre d’Irak et vieux routier de la politique, il a même tout contre lui mais ce militaire, fils et petit-fils de militaire, épouvantablement torturé par les Vietnamiens après qu’ils eurent abattu son avion, se trouve être la plus noble figure du camp conservateur. Homme de principe, très conséquent dans ses prises de position, il avait vainement mis en garde, comme toute l’armée, contre l’insuffisance des effectifs engagés en Irak. Il dit, aujourd’hui, que l’Amérique ne doit pas s’y permettre une défaite mais c’est le même homme qui a mené bataille, et marqué des points, contre le développement de la torture, encouragé par Georges Bush. Hostile à l’avortement et au mariage homosexuel, très rigide sur les questions de mœurs, il fait pourtant entendre une voix dissonante dans son camp en critiquant les baisses d’impôt, réclamant une moralisation du financement des campagnes électorales et prônant une régularisation des immigrés clandestins. Il incarne, lui aussi, une forme de rupture.

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