A ce jour en tout cas, c’est décidé, dit, confirmé. Même seul, même sans la zone euro, même sans l’Allemagne et l’Italie, Nicolas Sarkozy fera voter en France l’imposition d’une taxe sur les transactions financières et comment ne pas l’en approuver ?

Comment ne pas se réjouir de ce que la France fasse ce que tous les pays du monde auraient dû faire depuis longtemps puisque il est simplement logique que les puissances publiques freinent la spéculation en lui fixant un coût, aussi modeste soit-il, que les acteurs de la vie financière contribuent à réparer les dégâts qu’ils ont causés en 2008 et que leurs opérations soient imposées à l’heure où les Etats et leurs citoyens doivent se serrer la ceinture ?

Il n’y a rien à redire à cette décision sauf… Sauf que la politique n’est pas seulement affaire de morale, même publique. La politique est aussi l’art du possible. C’est entre avantages et inconvénients, court et long terme, exigence morale et efficacité, que ses décisions doivent être pesées et il n’est pas du certain que celle-ci l’ait été.

Malgré les apparences, la crise européenne est encore loin d’être finie. Les fonds que la Banque centrale européenne a mis à la disposition des banques ont permis à l’Espagne, l’Italie et la France de couvrir leurs nouveaux emprunts dans des conditions financières moins folles que ces derniers mois. Madrid et Rome œuvrent à redresser leurs comptes. Cette crise connaît un répit mais la Grèce est toujours à la peine.

Il n’est pas exclu qu’elle soit bientôt en cessation de paiement et, bien que son économie compte peu dans l’économie européenne, la situation serait alors formidablement difficile à gérer pour l’Union et la zone euro.

Une nouvelle tempête pourrait d’autant plus facilement se lever qu’une nouvelle crise grecque et le flottement politique qu’elle provoquerait sans doute parmi les 27 auraient de grandes chances d’inquiéter les investisseurs, de faire repartir à la hausse les taux qu’ils demandent aux Etats les plus endettés et de faire ainsi revenir l’Europe aux moments de chaos qu’elle a, pour l’instant, dépassés.

Dans une situation aussi incertaine, rien et pas même une soudaine exigence morale ne doit venir troubler la coordination entre les gouvernements européens, compromettre leur cohésion et particulièrement pas, surtout pas, ébranler le front commun constitué par la France et l’Allemagne. Dans une aussi délicate situation, le maintien d’une absolue relation de confiance entre Paris et Berlin est totalement essentiel et il se trouve que, si la chancelière allemande est d’accord pour que la zone euro impose cette taxe sur les transactions financières même sans le reste de l’Union, même sans la Grande-Bretagne, elle se refuse, en revanche, à bousculer les autres pays de la monnaie unique et, surtout, à imposer cette taxe, la taxe Tobin, en la seule compagnie de la France.

Nicolas Sarkozy déjeune aujourd’hui avec Angela Merkel. S’il la convainc, parfait. Bravo ! Si ce n’est pas le cas, il serait grave qu’il sacrifie la cohésion européenne à ce qui est plus une exigence électorale que morale.

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