Cinq noms sont sur la table. Militaires, hommes politiques ou technocrates, c’est entre ces cinq personnalités que les dirigeants de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale choisiront aujourd’hui ou demain celui qui va maintenant remplacer, pour une transition d’un an, le président lui-même intérimaire de la Centrafrique, Michel Djotodia, qui était en place depuis mars dernier. C’est, oui, l’organisation régionale dont elle fait partie et non pas la Centrafrique elle-même qui va donc nommer l’homme chargé de sortir ce pays du chaos et de le conduire à des élections qui devraient se tenir à l’automne prochain. Ce n’est pas exactement la démocratie. C’est, de fait, une forme de tutelle régionale sur la Centrafrique qui se met provisoirement en place mais c’était cela ou le vide et l’urgence comme la réalité commandaient. Il était rigoureusement impossible d’organiser des élections immédiates. Le Tchad constitue l’épine dorsale de la Misma, la force africaine qui tente de faire régner l’ordre en Centrafrique aux côtés des troupes françaises. C’est le Congo qui règle les salaires des fonctionnaires centrafricains. C’est à l’initiative du Gabon que les Etats d’Afrique centrale avaient déjà pris la Centrafrique en mains l’année dernière lorsque son président d’alors, François Bozizé, avait été renversé par la Séléka, une coalition hétéroclite à dominante musulmane dont était issu Michel Djotodia, l’intérimaire qui va maintenant céder la place. La réalité est que la Centrafrique est sous tutelle régionale depuis près d’un an et que c’était cette tutelle-là ou celle de la France qui, en tant qu’ancienne puissance coloniale, ne pouvait certainement pas devenir tuteur de ce pays. Est-ce à dire pour autant que la France ne jouerait là aucun rôle ? Formellement oui puisqu’elle ne sera pas partie prenante au sommet qui s’ouvre ce matin dans la capitale tchadienne. La France se tient en retrait et laisse faire les Etats de la région qui ont tous, Tchad, Gabon et Congo en tête, leur stabilité et leur poids respectif à défendre dans cette crise, mais la France n’est pour autant pas, évidemment pas, absente de ces tractations. Ce sont ses troupes et ses moyens logistiques qui sont déterminants sur le terrain et c’est son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui était allé dire la semaine dernière aux présidents tchadien, gabonais et congolais que les dirigeants qu’ils avaient mis en place l’année dernière à Bangui brillaient par leur incurie et qu’il était nécessaire de leur trouver des remplaçants sans plus attendre. Il n’avait guère eu de mal à convaincre ses interlocuteurs qui s’en inquiétaient eux-mêmes et ne voulaient surtout pas voir la France se retirer. La France reste un acteur central dans cette région mais sa politique est désormais d’en placer les dirigeants devant leurs responsabilités et non plus de se substituer à eux. D'où ce sommet et Paris semble parallèlement en voie de réussir à impliquer l’Union européenne dans la solution de cette crise. Rien n’est encore fait. Il y faudra l’unanimité des 28 mais les ministres des Affaires étrangères de l’Union débattront le 20 janvier prochain de l’envoi d’un bataillon européen, un millier d’hommes, en Centrafrique.

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