Le ton monte à Téhéran...

Il monte, et spectaculairement, entre les courants réformateur et conservateur du régime parce que la prochaine présidentielle aura lieu dans quatre mois, que le sortant est un réformateur, Hassan Rohani, l’artisan du compromis nucléaire, que les conservateurs veulent empêcher sa réélection et que leur adversaire dégaine, préventivement.

Hassan Rohani a donc ressorti des placards une affaire explosive, celle de Babak Zanjani qui avait été chargé sous son prédécesseur conservateur, Mahmoud Ahmadinejad, de vendre du pétrole à l’étranger, en contournant les sanctions internationales alors en vigueur contre l’Iran. Cela se faisait beaucoup à l’époque, rien d’anormal jusque-là, mais deux milliards huit cents millions de dollars avaient disparu à la faveur de ces discrètes transactions et Babak Zanjani, arrêté en 2013, a été condamné à mort en mars dernier.

Pour la magistrature iranienne, aux mains des conservateurs, Justice est faite mais pas aux yeux d’Hassan Rohani qui déclarait, fin décembre : « Est-ce qu’un homme seul peut empocher près de trois milliards de dollars ? Qui l’a aidé ? Qui sont ses complices ? Qu’est devenu l’argent ? ». En quatre questions, le président sortant et futur candidat demandait en fait si ce pactole n’aurait pas atterri dans les caisses des conservateurs, mandants à l’époque de Babak Zanjani, et si l’argent n’allait pas servir à financer la campagne qu’ils s’apprêtent à mener contre lui.

C’était si clair que le patron du pouvoir judicaire, l’ayatollah Sadegh Larijani, a riposté du tac au tac que l’enquête n’était nullement close, que 600 millions de dollars avaient déjà été récupérés par l’Etat, que le ministère des Affaires étrangères – qui est, lui, sous l’autorité du président – n’avait en revanche « pas fait son travail » en ne traçant pas l’argent dans les pays étrangers acheteurs du pétrole et que Babak Zanjani avait avoué avoir versé des centaines de milliers de dollars à des candidats à la dernière présidentielle.

C’était dire, là, que la campagne d’Hassan Rohani aurait pu profiter de ces largesses. Tweet immédiat du président car il n’y pas aujourd’hui que Donald Trump pour faire des tweets une arme politique. Le gouvernement, dit-il, est prêt à faire toute la lumière sur ses comptes et attend de l’autorité judiciaire qu’elle fasse de même et cette autorité de rétorquer que la population aimerait savoir combien le président a dépensé pendant sa campagne et d’où venait l’argent.

Ca ne va pas s’arrêter. Pas un Iranien n’ignore que les conservateurs et leurs amis des Gardiens de la révolution, l’armée du régime, ont été les grands bénéficiaires des marchés occultes conclus à l’époque des sanctions.

Hassan Rohani attaque car il va l’être de tous les côtés et le jeu politique iranien se complique d’autant plus que le grand sage du régime, Akbar Hachémi Rafsandjani, un modéré qui pouvait encore jeter des ponts entre les clans conservateur et réformateur, est mort hier d’une crise cardiaque.

A Téhéran, la bataille présidentielle sera sauvage.

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