Ce n'est pas l'illibéralisme mais le nationalisme qui menace la paix et la liberté

Ces dictatures parées des atours de la démocratie, certains les appellent des « démocratures ». On peut également parler de démocraties « non libérales » comme Viktor Orban, le Premier ministre hongrois qui s’en était fait le chantre, ou bien encore « illibérales » comme dit Emmanuel Macron qui en dénonçait le danger la semaine dernière mais leur multiplication signifie-t-elle que la démocratie recule ? 

         Non, car l’on confond là deux choses. 

Il y a, c’est vrai, de plus en plus de pays où l’on vote, tous les quatre ou cinq ans généralement, mais où la liberté de la presse notamment audiovisuelle, est étroitement contrôlée voire totalement inexistante et où les violences ou pressions exercées par le parti au pouvoir empêchent tout débat et toute vraie démocratie. 

Au sein même de l’Union européenne, la Hongrie et la Pologne se sont engagées sur cette voie. La Turquie, la Russie, l’Iran, pays où la liberté se réduit au droit de vote en sont d’autres exemples, très présents dans l’actualité. En Afrique comme dans les mondes arabes, ces démocratures sont aussi légions mais cette réalité ne doit pas en cacher une autre. 

Depuis les années 80, en quelques décennies donc, la démocratie s’est étendue de par le monde et la dictature y a reculé puisqu’il n’y a plus de dictatures militaires en Amérique latine, plus de pays communistes ou fascistes en Europe et qu’à bien petits pas mais tout de même, les libertés et l’état de droit progressent en Afrique.

La Hongrie, la Pologne, la Russie, oui bien sûr, mais même les régressions qu’elles connaissent ne les ont pas ramenées au communisme et si la Turquie, au début de ce siècle, a un temps marché vers la démocratie, son histoire n’est pas celle de la liberté, pas plus que celle de l’Iran. 

Alors, non, il y a d’autant moins de raison de tout peindre en noir que le nombre des démocratures signifie aussi que très peu de dictatures acceptent de s’assumer comme telles. Cela ne se fait plus. On doit se dire démocratie et pouvoir brandir un résultat électoral mais, si la démocratie ne recule pas, le nationalisme progresse et c’est là qu’est le vrai danger pour la paix et la démocratie. 

D’année en année, sur les cinq continents, progresse toujours plus le nombre d’électeurs, d’intellectuels et de partis politiques gagnés par l’idée que l’autre est un ennemi et qu’il faudrait se défendre contre tous, rétablir barrières douanières et frontières et décider de ses politiques, comme le souhaite M.Trump, en dehors des organisations multilatérales et des conventions internationales. Les échiquiers et les termes du débat en sont partout modifiés et, dès lors que cela devient tous contre tous, il paraît logique de restreindre les libertés et la paix devient fragile. 

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