La prison. Dans le discours qu’il prononce cet après-midi à Wall Street, Georges Bush devrait dire sa volonté que les dirigeants d’entreprise coupables de trafiquer leurs comptes soient désormais considérés comme des criminels à part entière, non plus seulement passibles de sanctions professionnelles et d’amendes, si lourdes soient-elles, mais d’un séjour derrière les barreaux. Le ton, annonce la Maison-Blanche, sera ferme, dur pour ces hommes, patrons d’Enron, de WorldCom et de tant d’autres châteaux de sable, qui avaient maquillé leurs pertes pour tenter de maintenir le cours de leurs actions et qui n’ont réussi qu’à semer la panique en Bourse et ébranler la confiance dans le marché américain. C’est la première raison pour laquelle Georges Bush condamnera si solennellement ces pratiques. En montrant du doigt les fauteurs de troubles, il veut séparer le bon grain de l’ivraie, dire que des hommes ont failli mais que le système est bon, demande plus de contrôles et de sanctions, mais reste un modèle à suivre pour le monde. Il y a va de l’intérêt des Etats-Unis car si les investisseurs ne se convainquaient pas qu’on ne leur mentira plus demain à Wall Street, si les doutes n’étaient pas rapidement balayés, l’argent irait chercher à se placer ailleurs, en Europe notamment, le dollar reculerait au-delà du raisonnable et surtout, Georges Bush insistait hier sur ce point dans sa conférence de presse, les retraites des salariés américains en seraient menacées. Aussi grave, pire encore peut-être pour la puissance des Etats-Unis, la faculté qu’ils ont aujourd’hui de se donner en exemple, de prêcher au monde la libre entreprise, la transparence et la rigueur financière, en seraient durablement ébranlée. Pour le président américain, il faut à tout prix refermer ce qu’il voudrait n’être qu’une parenthèse et cela d’autant plus, c’est la deuxième raison de son intervention de cet après-midi, que l’Amérique vote en novembre. Un tiers des Sénateurs, la totalité des Représentants, nombre de gouverneurs sont soumis à réélection. De ces votes, dépendra largement le résultat de l’élection présidentielle de 2004, le second mandat que Georges Bush veut briguer. Il doit gagner en novembre, conserver au moins la majorité la Chambre or, si rien n’était sûr il y a quelques semaines encore, cela devient maintenant aléatoire car, dans le bipartisme américain, les démocrates sont le parti des petits, des salariés et des minorités, et les Républicains celui de l’argent, des nantis et des grandes affaires. Pour gagner, les Républicains doivent s’attirer les classes moyennes, persuader les professions libérales et les moins mal lotis des travailleurs, qu’ils seront mieux défendus, plus sûrs de leur avenir, avec des gens capables de garantir la stabilité économique car ils savent ce qu’est une entreprise, un bilan, un budget. Depuis vingt ans, les classes moyennes américaines passent à droite mais là le coup est rude pour les Républicains. Les scandales financiers les ébranlent plus encore que les Bourses car c’est l’image des grandes entreprises qui est atteinte, de ces entreprises auxquelles tant d’hommes et d’intérêts les lie.

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