La trêve connaît une mauvaise passe. Dix jours après sa proclamation, six semaines après que Georges Bush eut organisé, en Jordanie, la rencontre des Premiers ministres israélien et palestinien, la mécanique grippe mais il ne semble pourtant pas qu’il faille, déjà, enterrer les espoirs. Ca grippe parce que les Israéliens devraient, comme convenu, libérer, cette semaine, des prisonniers palestiniens mais qu’ils n’entendent pas en relâcher plus de trois cent cinquante, trois cent cinquante sur six mille, et qu’aucun des détenus membres des organisations les plus radicales, pourtant signataires de la trêve, ne figure sur les listes approuvées par Ariel Sharon. Sous haute surveillance de sa propre droite, soucieux aussi de rien donner contre rien et de ne pas se retrouver en position d’accusé si des attentats reprenaient, Ariel Sharon est avare de bonne volonté et Mahmoud Abbas, le Premier ministre palestinien se retrouve, du coup, en situation difficile. Le Hamas fait pression sur lui en menaçant de rompre la trêve. Plus grave encore, des dirigeants de son propre parti, le Fatah, l’organisation qu’il a cofondée avec Yasser Arafat, s’en sont si violemment pris à lui lundi soir que Mahmoud Abbas a reporté la rencontre qu’il devait avoir, aujourd’hui, avec Ariel Sharon, démissionné des instances dirigeantes du Fatah et menacé, de surcroît, d’abandonner ses fonctions de chef du gouvernement. Ca tangue. Ca peut casser. On voit là l’extrême fragilité de cette relance du processus de paix mais, en même temps, le comité central du Fatah a unanimement refusé la démission de Mahmoud Abbas qui l’avait mis au défi de proposer une meilleure politique que la sienne. En démissionnant, le Premier ministre s’est, en réalité, fait voter la confiance par la plus importante des organisations palestiniennes et parallèlement, à en croire le Haaretz, le plus solide des quotidiens israéliens, Ariel Sharon s’apprêterait, finalement, à faire libérer quelques détenus du Hamas et du Jihad islamique, de leurs branches politiques et non pas militaires. Ca grippe mais c’est une négociation qui grippe avec ses « retenez-moi » et ses « fais-moi peur », ses tests réciproques qui peuvent, à chaque instant, déraper mais que personne ne vent encore laisser déraper car la reprise des violences ne rapporterait rien à personne et que les Etats-Unis, surtout, ne veulent pas que ça casse. Dans cette crise, Georges Bush veut des progrès car il en a besoin pour compenser ses difficultés irakiennes. Hier, son envoyé spécial dans la région, John Wolf, appelait donc les Israéliens à libérer un plus grand nombre de Palestiniens, à démanteler de nouveaux points de colonisation, à faciliter, en un mot, la tâche de Mahmoud Abbas en lui faisant des concessions qui le légitiment. « Nous soutenons le Premier ministre Mahmoud Abbas », vient de déclarer le porte-parole du département d'Etat, en ajoutant que sa direction suscitait des « changements positifs » et que « ses efforts pour faire cesser la terreur constituent une réelle occasion d'aller de l'avant ».

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