La révélation dans la presse d’un télégramme de l’ambassadeur britannique à Washington qualifiant Donald Trump d’« inepte » fait des vagues, et semble directement lié à la course au leadership conservateur.

Donald Trump et la Reine Elizabeth le mois dernier à Londres : la « relation spéciale » entre les États-Unis et le Royaume Uni n’est plus ce qu’elle était.
Donald Trump et la Reine Elizabeth le mois dernier à Londres : la « relation spéciale » entre les États-Unis et le Royaume Uni n’est plus ce qu’elle était. © AFP / Doug Mills / POOL / AFP

Les fuites de télégrammes diplomatiques sont un grand classique et toujours une source d’embarras, souvenez-vous de Wikileaks il y a quelques années. 

Dans ces notes, les diplomates s’y expriment sous le sceau de la confidentialité, sans prendre de gants. Et c’est ce que fait l’ambassadeur britannique à Washington lorsqu’il décrit un Donald Trump « inepte », « incompétent », une administration dysfonctionnelle.

Quand un tel télégramme se retrouve dans la presse, l’onde de choc est double : elle fait tanguer les relations entre Londres et Washington ; Donald Trump a vertement répondu hier en tweetant qu’il ne traiterait plus avec cet ambassadeur, du jamais vu entre ces deux pays alliés.

Et cette affaire pose évidemment des questions sur l’origine et l’objectif de la fuite. Le gouvernement de Theresa May, qui vit ses dernières semaines avant l’élection de son successeur à Downing Street, est prise dans cette double tempête.

Alors, à qui profite le crime ? Qui avait intérêt à faire sortir un document qui ne contient aucune révélation, mais a un fort potentiel de déstabilisation ?

Tout pointe dans la direction des Brexiteurs, partisans de la sortie coûte que coûte du Royaume Uni de l’Union européenne. La journaliste à l’origine de la fuite dans le « Mail on Sunday », est connue pour ses convictions pro-Brexit, et même sa proximité avec Nigel Farage, le leader de la campagne pour la sortie de l’UE.

Mais quel était l’objectif ? Juste dénoncer les commentaires d’un ambassadeur hostile au Président américain dont Nigel Farage est proche ? Le faire remplacer par un diplomate plus complaisant, voire par Nigel Farage comme l’a évoqué un jour Donald Trump lui-même ? 

Ou s’agit-il d’une opération plus politique encore, destinée à déstabiliser Jeremy Hunt, le chef de la diplomatie britannique, le « patron » de cet ambassadeur par qui le scandale arrive, mais surtout le candidat finaliste face à Boris Johnson pour le leadership conservateur et donc le poste de premier ministre. Cette hypothèse a de quoi faire frémir, si les Conservateurs en sont à ce genre de peaux de banane.

Trois ans se sont écoulés depuis le référendum sur le Brexit sans que le Royaume ne soit parvenu à quitter l’Union européenne, et les termes du débat se sont durcis. Theresa May en a fait les frais et a jeté l’éponge.

Le dernier épisode se déroule en ce moment-même, avec la campagne pour le choix du successeur de Theresa May par les membres du Parti Conservateur. Le vote des 160 000 adhérents aura lieu dans moins de deux semaines, et la campagne est à couteaux tirés entre Boris Johnson et Jeremy Hunt.

Hier, Peter Ricketts, ancien ambassadeur britannique à Paris, s’indignait dans le Guardian du fait que certaines personnes à l’intérieur du système, utilisent à des fins politiques leur accès à des informations sensibles, sans se soucier des dégâts potentiels pour le pays. 

C’est pourtant ce qui s’est produit, et ça en dit long sur le climat d’ici au 31 octobre, le jour où le Brexit est censé devenir effectif. Ce sera, après tout, le jour d’Halloween.

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