Une enquête de Human Rights Watch accuse les forces de sécurité du Burkina Faso d’être responsables des exécutions sommaires de 180 personnes dont les corps ont été découverts dans des fosses communes. La majorité des victimes sont de l’ethnie Peul.

Soldats de l’armée nationale du Burkina Faso, accusée par Human Rights Watch d’être responsable des exécutions sommaires dans le nord du pays.
Soldats de l’armée nationale du Burkina Faso, accusée par Human Rights Watch d’être responsable des exécutions sommaires dans le nord du pays. © AFP / ISSOUF SANOGO / AFP

Dans toutes les guerres antiterroristes ou antiguerrilla de l’histoire, le principal agent recruteur au profit des insurgés, ce sont les exactions commises par les forces de sécurité de l’État. C’est ce qui se produit, une nouvelle fois, dans la région du Sahel, en Afrique de l’Ouest, déstabilisée depuis des années par l’action de groupes djihadistes.

L’enquête publiée hier par l’organisation Human Rights Watch est de ce point de vue accablante. Selon le rapport, des fosses communes contenant quelque 180 corps ont été découvertes dans le nord du Burkina Faso, correspondant à des exécutions sommaires commises entre novembre 2019 et juin 2020. 

Et, selon l’organisation de défense des droits de l’homme, "les preuves disponibles suggèrent l’implication des forces de sécurité gouvernementales dans ces exécutions extrajudiciaires de masse".

Circonstance aggravante, la majorité des victimes étaient des hommes appartenant à l’ethnie Peul, le signe que la lutte contre les groupes djihadistes épouse en partie au moins un ciblage ethnique dont on a vu de nombreux signes dans les pays de la zone.

L’action des différents groupes djihadistes est venue se greffer sur des conflits ancestraux, en particulier celui qui oppose traditionnellement les éleveurs peuls, dispersés dans les différents pays de la zone sahélienne, aux sédentaires des autres groupes ethniques.

Aujourd’hui, les peuls en zone rurale sont accusés par les autres groupes d’aider les djihadistes, et sont l’objet d’attaques ou de méfiance qui attisent les préjugés qui remontent loin. Au Mali, des peuls ont été massacrés par des milices en pays dogon, et c’est aujourd’hui au Burkina Faso, pays où la menace djihadiste est plus récente mais très active, que ces massacres sont révélés.

On ne peut évidemment pas réduire la crise du Sahel à ces rivalités ethniques, mais c’est une des facettes de la complexité de la guerre qui s’y déroule depuis des années, et dans laquelle la France est totalement impliquée, depuis l’intervention au Mali décidée en 2013 par François Hollande, et qui se poursuit sous d’autres formes à l’échelle d’une zone immense, à cheval sur cinq pays.

Ce contexte complique la lutte contre les djihadistes, car ce que ces événements révèlent, c’est la faiblesse, voire parfois, l’absence des structures des États. Et c’est cette fragilité qui rend si difficile, voire ingagnable, la guerre que mènent depuis des années les armées française et africaines contre les djihadistes. Une guerre qui n’aboutira pas sans toutes les composantes de la société.

Ces sujets sont évidemment abordés dans les réunions régionales, comme celle de Nouakchott à laquelle participait Emmanuel Macron la semaine dernière. La discipline des armées conditionne une partie du soutien international, reconnait-on à l’Élysée.

Hier, les États-Unis ont vivement réagi au rapport de Human Rights Watch, soulignant que l’aide américaine pour la sécurité "ne peut pas continuer" sans une action des autorités du Burkina Faso contre de tels abus. Toute l’aide militaire du monde n’y changera rien, en effet, si de telles exactions se poursuivent.

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