C’est coup double pour l’Europe, un grand moment de son Histoire. Démentant toutes les inquiétudes, la Pologne, d’abord, a clairement approuvé son entrée dans l’Union, par référendum, avec une participation inespérée de quelque 58% des inscrits et plus de 77% de « oui ». Pour un pays qui a des raisons de craindre les défis économiques que le marché unique lui posera, pour un peuple trop récemment sorti du soviétisme pour ne pas vouloir, avant tout, coller aux Etats-Unis, c’est un bel acte de foi, l’expression d’une volonté européenne et la traduction, en même temps, de la force d’entraînement de l’Union. Avec ce référendum, l’Europe des vingt-cinq est virtuellement faite mais ce n’est pas tout. Tandis que la Pologne se mobilisait pour ce « oui », la Convention européenne, l’aréopage chargé de proposer une Constitution à l’Union élargie, a su, lui aussi, surmonter, ce week-end, les contradictions qui s’exprimaient en son sein, les conflits d’intérêts entre petits et grands pays, l’opposition, surtout, entre tenants de l’Europe des Etats et partisans d’une Europe fédérale. Jeudi dernier, encore c’était le blocage. Jeudi, la Convention n’était plus loin de déclarer forfait mais devant le danger d’un échec, tout le monde, enfin s’est réveillé, personne n’a voulu devenir celui par lequel l’Europe aurait fait du surplace, c’est-à-dire reculé, et un compromis a été trouvé qui sera finalisé cette semaine. Les nouveaux entrants ont accepté que la Commission de Bruxelles soit réduite à quinze membres, que tous les pays, donc, n’y soient pas représentés en même temps. En échange, ils ont obtenu que cette réforme n’entre pas en vigueur avant 2009 et qu’une rotation nationale soit instituée afin que les grands pays ne trustent pas les postes de Commissaires. On aurait pu, on aurait du, faire plus simple et plus rapide mais, au bout du compte, la Commission évite l’hypertrophie, les susceptibilités nationales sont ménagées, la Commission pourra fonctionner. Chacun y a mis du sien. C’est bien et les deux autres changements fondamentaux, proposés par l’Allemagne et la France, sont acquis. D’un côté, les fédéralistes ont accepté que le Conseil européen, l’assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement, se dote d’un Président qui organisera ses travaux et représentera l’Union. De l’autre, les partisans de l’Europe des Etats ont, eux, accepté que le Président de la Commission soit désormais élu par le Parlement. D’un côté l’Europe aura un visage, un Président dont la tâche sera de faire parler l’Europe d’une seule voix, de progressivement amener les Etats à concerter et rapprocher leurs points de vue. De l’autre, la démocratie européenne va considérablement s’affirmer car en élisant les députés européens, l’électorat pan-européen va indirectement élire le Président de la Commission, désormais choisi par la majorité du Parlement. Pour l’Europe, c’est un nouveau départ qui la mène, à vingt ou trente ans, peut-être moins, à devenir, dans les crises et les rebonds, une puissance de type nouveau, conduite à la fois par ses Etats, incarnés par le Conseil, et ses majorités politiques, représentées au Parlement.

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