Mieux vaut tard que jamais. Cette résolution que le Conseil de sécurité a adoptée, hier soir, à l’unanimité ne suffira malheureusement pas à instaurer la concorde en Irak. Elle y fera, moins encore, cesser la violence mais il y a, pourtant, trois raisons de ne pas sous-estimer ce moment. La première est que les Etats-Unis se sont enfin résolus, hier, à accorder une pleine souveraineté au gouvernement intérimaire qui pilotera l’Irak jusqu’aux élections constituantes de décembre ou janvier prochain. Cette équipe aura non seulement pleine autorité sur les ressources pétrolières du pays et ses forces armées mais aussi son mot à dire sur les opérations militaires américaines qui ne pourront plus être lancées qu’en accord avec elle. Cela signifie que ce gouvernement aura les moyens d’imprimer sa marque, que ses membres voudront naturellement peser sur le cours des choses pour se légitimer aux yeux de la population, qu’une vraie vie politique peut aujourd’hui s’instaurer en Irak et que, de cette manière, un processus politique s’y ouvre, à même de canaliser les conflits vers les batailles électorales à venir. Cela ne garantit rien. La poursuite des violences peut, à tout moment, emporter ce fragile édifice. Peut-être même est-ce le plus probable mais une chance au moins s’est créée que le pire ne soit plus certain. C’est important. C’est beaucoup. Ca l’est d’autant plus que cette seule possibilité a reformé l’unité des grandes puissances, toutes décidées à tenter ainsi de limiter les dégâts, à jouer la raison contre la fatalité. La marche de l’Irak vers l’abîme peut en être freinée. Cela peut y contribuer en tout cas et, parallèlement, le multilatéralisme et les Nations-Unies, l’idée même de concertation internationale, marquent là des points après deux années de recul continu devant la volonté des Américains de décider seuls pour tous en imposant leurs vues. C’est la deuxième raison pour laquelle ce texte compte. Confrontés à une crise qu’ils avaient suscitée mais ne pouvaient plus gérer seuls, les Etats-Unis reviennent à plus de raison, cherchent à ménager soudain leurs alliés et les autres puissances et l’Europe, toute l’Europe, a joué, là, son rôle. C’est la troisième raison pour laquelle cette résolution marque un tournant. Face à un Georges Bush qui ne voulait pas aller aussi loin dans la reconnaissance de la souveraineté irakienne mais avait, en même temps, besoin de montrer à ses électeurs que les Etats-Unis sortaient de leur isolement, l’Europe a fait converger ses pressions. Tony Blair a publiquement déclaré que les Irakiens devraient avoir un « droit de veto » sur les opérations américaines. La France et l’Allemagne ont martelé qu’il n’y avait pas de demi-souveraineté et laissé comprendre qu’elles n’acquiesceraient pas à n’importe quel texte. Chacun a joué sa partition et l’Europe a fait céder Georges Bush dont ce n’est pas précisément un jour de triomphe diplomatique. Alors, oui, mieux vaut tard que jamais même si l’on ne peut pas s’empêcher de penser ce matin que ce pas désormais fait par les Etats-Unis est exactement celui que la France les appelait à franchir, mais en vain, depuis l’été.

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