L’un est en réserve de la République, l’autre est Premier ministre. L’un est de droite, l’autre de gauche, l’un passionné, l’autre réservé, mais, au-delà de ces différences bien réelles, il y a que des points communs entre Hubert Védrine et Dominique de Villepin. Ce n’est pas seulement qu’ils n’ont pas cessé de travailler ensemble depuis quinze ans, au gré des cohabitations, que Védrine était secrétaire général de l’Elysée, dans les dernières années Mitterrand, quand Villepin était directeur de cabinet d’Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Balladur, et que Villepin avait succédé à Védrine, sous Jacques Chirac, à ce même secrétariat général de la Présidence, quand Védrine était ministre des Affaires étrangères du gouvernement Jospin. Dans ces chassés-croisés, ils avaient à de trouver les modus vivendi indispensables aux intérêts français. Cela crée des liens, une connivence, un commun recul par rapport à l’instant mais, au-delà de ces complicités fonctionnelles, l’un et l’autre ont un sens de l’Histoire et une intelligence du monde qui font d’eux des sortes de Mazarin, habiles politiques et francs tireurs de leurs camps respectifs, habités par le long terme et la Raison d’Etat. Hier, l’un était à la tribune de l’Assemblée nationale où il prononçait son discours de politique générale, l’autre dans les colonnes du Monde où il signait une tribune - « Sortir du dogme européiste » - et l’un et l’autre disaient grosso modo la même chose. Avec leurs mots et leur style qui ne se confondent pas, parlant l’un à la gauche, l’autre à la droite mais tous deux, en fait, à la France, l’un et l’autre ont expliqué que, pour l’Europe, l’heure était la pause. Dominique de Villepin l’a dit en creux, en ne consacrant que quelques courts paragraphes à l’Union et l’essentiel de son discours à des mesures françaises pour l’emploi. Hubert Védrine, privilège de l’opposant, a été plus direct en écrivant : « Nous ne devons plus tout attendre ou tout redouter de l’Europe mais retrouver, à notre niveau, le sens des responsabilités, nos objectifs, une volonté ». Chacun était à sa place mais ce qu’ils ont fait entendre l’un et l’autre était que bon… Tout cela, l’Europe, était allé trop vite, que les peuples ne suivaient plus, ne s’y retrouvaient plus, et qu’il fallait en revenir au cadre national, repartir de lui, non pas enterrer l’Union mais la recentrer sur des objectifs concrets négociés entre Etats - « Ouvrons, disait Villepin, de nouvelles perspectives comme l’harmonisation fiscale ou l’union avec l’Allemagne dans des domaines choisis ensemble », « Revenons, écrivait Védrine, à une Europe des projets, précis, assortis de calendriers ». Ils avaient raison. Le projet de Constitution désormais mort, l’Europe politique, à vocation fédérale, repoussée aux calendes grecques, il n’y a, malheureusement, plus rien d’autre à faire. Il faut le faire sous peine de laisser l’Union sombrer dans la léthargie. Ils avaient, oui, raison mais comment ne pas entendre, en même temps, chez ces deux hommes, ce soulagement de l’Etat qui reprend la main contre l’utopie, ce bonheur des Etats-nations confortés par la défaite du fédéralisme, ce repli sur les terres connues des jeux familiers ? Nous allions écrire de nouvelles pages, inventer l’Europe. L’ambition sera pour plus tard.

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