Une fois de plus, après tant d’échecs sous tant de présidents, la France rouvre les ponts avec la Syrie. Nicolas Sarkozy l’a annoncé, samedi, à Beyrouth. Son conseiller diplomatique et le secrétaire général de l’Elysée se rendront prochainement à Damas. « Une nouvelle page, a-t-il dit, est peut-être en train de s’ouvrir entre la France et la Syrie ». C’est en effet possible mais, avant de se relancer dans cette partie qu’il avait tentée, à l’automne, sans succès, le président de la République a mis les choses au clair. En se faisant accompagner, à Beyrouth, par les dirigeants de l’ensemble des partis politiques français, il n’entendait pas seulement – on le voit bien aujourd’hui – montrer aux Libanais qu’ils pouvaient compter sur la France, toute la France, des communistes à l’UMP, pour défendre leur indépendance. Cette démonstration d’unanimité nationale était également un message aux Syriens auxquels il a ainsi dit que, s’il était prêt à reprendre langue avec eux, cela ne pourrait pas se faire sur le dos du Liban car la France – regardez… – ne le permettrait pas. Nicolas Sarkozy vise, là, trois objectifs en même temps. Le premier est d’arriver à négocier avec la Syrie les conditions dans lesquelles elle renoncerait définitivement à gouverner, de fait sinon de droit, ce pays, le Liban pluriel, chrétien et musulman, dont la France avait tracé les frontières dans le cadre des partages coloniaux mais que les Syriens considèrent comme leur façade maritime, volée par l’histoire. La France défend le Liban car il est son enfant, francophone, francophile, le seul pays aussi, du Proche-Orient où les chrétiens comptent encore. La Syrie, elle, veut y régner en maître, jouant tout le monde contre tout le monde, les chrétiens, hier, les chiites aujourd’hui. La France et la Syrie s’affrontent au Liban pour y préserver leur influence mais les Syriens viennent de faciliter, en ne s’y opposant pas, la conclusion d’un compromis libano libanais qui a permis l’élection d’un Président de la République, le général Souleïmane, chrétien mais en bons termes avec Damas. La Syrie a assoupli sa position sur le Liban et Nicolas Sarkozy voudrait tenter de trouver avec elle les bases d’un compromis durable, d’une véritable indépendance libanaise dans l’inévitable interdépendance avec la Syrie. Ce n’est plus impossible car non seulement la Syrie a mis de l’huile dans les rouages libanais mais elle vient également d’ouvrir, fin mai, des négociations de paix avec Israël par l’entremise de la Turquie. Le régime syrien veut renouer avec les grandes puissances afin de s’insérer dans le marché mondial et d’assurer sa pérennité. A travers la recherche d’un compromis sur le Liban, Nicolas Sarkozy voudrait donc aider Damas à se réconcilier avec l’Amérique en faisant la paix avec Israël mais ce n’est pas tout. Si la Syrie allait jusqu’au bout de ce chemin, elle s’éloignerait automatiquement de l’Iran qui perdrait, alors, son principal allié au Proche-Orient et devrait s’assouplir à son tour. Nicolas Sarkozy veut en un mot, placer la France au cœur de la région et y préparer la voie au successeur de Georges Bush.

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