Trois dictateurs arabes de plus sont désormais dos au mur. Leur chute n’est pas certaine, pas toujours proche, non plus, mais la situation des dirigeants libyen, yéménite et syrien devient chaque jour plus difficile car chacun d’eux se heurte à la fois à une contestation que la répression renforce et à un isolement international qui s’accentue toujours plus. En Libye, non seulement le colonel Kadhafi n’est pas parvenu à empêcher l’opposition de tenir ses positions mais la coalition internationale qui l’a empêchée de réduire son peuple est maintenant ouvertement décidée à obtenir sa chute. Il doit partir, martèlent les Occidentaux et ce constat est aussi devenu celui de la Turquie qui a abandonné toute idée de médiation, des autres pays arabes avec lesquels il n’a jamais été en bons termes et même de la Chine et de la Russie qui ont pris contact avec l’insurrection. L’Otan accentue sa pression militaire. Les défections de haut niveau se multiplient à Tripoli et plus de vingt ministres des Affaires étrangères, dont ceux des Etats-Unis, de la France, de l’Italie et des Emirats arabes unis, participent aujourd’hui à une réunion à Abu Dhabi dont l’ordre du jour n’est autre que l’après Kadhafi. Au Yémen, la situation est encore plus difficile pour Ali Abdullah Saleh, le président au pouvoir depuis 33 ans. Sa chute, à lui, parait proche car, après avoir échoué à contenir les manifestations réclamant son départ et avoir été grièvement blessé, la semaine dernière, dans des tirs d’obus contre son palais, il a dû quitter son pays pour aller se faire opérer en Arabie saoudite. Il est toujours formellement au pouvoir. Ses fils et neveux contrôlent toujours d’importantes forces militaires mais son départ a galvanisé l’opposition qui se voit déjà victorieuse, les monarchies du Golfe souhaitent son retrait car elles craignent que l’anarchie ne profite aux réseaux d’al Qaëda, puissants dans ce pays, les Etats-Unis partagent cette crainte et sont, donc, sur la même position et il n’est pas impossible que, même si son état de santé permettait à Ali Saleh de regagner Sanaa, l’Arabie saoudite ne l’en empêche. Autant ces deux évolutions, yéménite et libyenne, étaient quasiment écrites, autant la crise syrienne connaît une accélération qui n’avait rien de certain. Dans ce pays, le pouvoir en place bénéficiait de deux atouts de taille. Non seulement les minorités religieuses préféraient la protection d’une dictature aux incertitudes d’une arrivée au pouvoir de la majorité sunnite mais les grandes puissances étaient peu désireuses d’engager un bras de fer avec un régime soutenu par l’Iran et à même d’engager ses alliés libanais du Hezbollah dans un nouveau conflit avec Israël. Bachar al-Assad avait les moyens de sauver son pouvoir mais au lieu de le consolider par des réformes, il s’est lancé dans une répression d’une telle sauvagerie que les manifestations n’ont fait que s’amplifier, que la Turquie limitrophe s’est détournée de lui, que son armée ne paraît plus totalement sûre et que les Occidentaux tentent, en ce moment même, de le faire condamner par le Conseil de sécurité. Le régime syrien s’est spectaculairement fragilisé et la région s’achemine maintenant vers un acte II du printemps arabe.

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