Rien n’est encore joué. Le diable est dans les détails et un incident incontrôlé peut tout compromettre à chaque instant mais c’est bel et bien une sortie de crise qui s’amorce maintenant en Ukraine.

On l’a senti dès que Vladimir Poutine a fini par accepter de s’entretenir avec le nouveau président ukrainien, en marge des cérémonies du 70ième anniversaire du Débarquement. Cette impression s’est renforcée lorsque le président russe a estimé, aussitôt après, que l’approche de Petro Porochenko était « dans l’ensemble juste ». Cela s’est confirmé, surtout, lorsque le président ukrainien a reçu, hier, l’ambassadeur russe à Kiev et annoncé que des négociations allaient s’ouvrir entre les deux pays, au rythme d’une séance par jour et avec pour objectif la fin des combats en Ukraine orientale d’ici le week-end prochain.

Ce dégel, on le doit en large partie à François Hollande et à la diplomatie française qui n’ont jamais voulu rompre le contact avec la Russie afin de pouvoir jouer les intermédiaires dès que l’évolution des choses le permettrait. C’est pour cela que la France avait maintenu l’invitation faite à Vladimir Poutine de se joindre à l’anniversaire du débarquement et rappelé, par la voix de son président, le rôle que l’URSS avait joué dans la défaite nazie. C’est pour cela – et pas uniquement pour des raisons commerciales – que la France avait refusé de trop vite annuler la vente de navires de guerre à la Russie. C’est enfin pour cela que François Hollande avait tenu à recevoir Vladimir Poutine à dîner à l’Elysée jeudi soir, ce dont le président russe avait semblé lui-même étonné.

C’est au cours de ce dîner, très longuement préparé par d’intenses contacts diplomatiques, que s’est jouée la rencontre avec Petro Porochenko, invité sur les plages de Normandie alors même qu’il n’était encore que président élu mais, rôle de la France ou pas, cette percée n’aurait pas été possible si Kiev et Moscou ne l’avaient pas considérée comme profondément souhaitable.

Le président ukrainien, d’un côté, doit chercher et trouver un compromis durable avec la Russie parce qu’elle a tous les moyens de continuer à déstabiliser son pays. Le président russe, de l’autre, a maintenant tout intérêt à calmer le jeu parce que les sanctions occidentales font souffrir son économie, qu’il a déjà annexé la Crimée et certainement pour longtemps et qu’une annexion de l’Ukraine orientale constituerait une tout autre partie que la Russie ne pourrait pas se permettre sans graves dommages diplomatiques et économiques. Cela fait beaucoup de raisons pour la Russie d’ouvrir le dialogue avec Kiev auxquelles il s’en ajoute deux autres de taille.

La première est que Petro Porochenko n’évoque pas, fût-ce de loin, la perspective d’une adhésion de l’Ukraine à l’Otan mais seulement d’un nouveau traité international en garantissant la sécurité. La seconde est que Laurent Fabius vient de dire publiquement que le désir du président ukrainien de faire entrer son pays dans l’Union n’était absolument pas à l’ordre du jour et que l’Ukraine devait être, pour l’heure, un pont entre les deux Europe. Vladimir Poutine ne pouvait pas l’ignorer mais il était important pour lui que cela fût dit.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.