Où l'on voit comment une gauche à l'ancienne a séduit une Grande-Bretagne qui ne sait plus si elle veut ou non complètement rompre avec l'Union Européenne.

Réaction d'un trader britannique devant les résultats des élections législatives à Londres
Réaction d'un trader britannique devant les résultats des élections législatives à Londres © Reuters / Clodagh Kilcoyne

Le vote des jeunes électeurs

Les jeunes, d’abord. Dans ce spectaculaire recul du parti conservateur auquel ont conduit hier les élections que la Première ministre Theresa May avait décidé d’anticiper, ce sont les plus jeunes des électeurs qui ont joué le plus grand rôle.

Ce sont eux qui ont fait la différence, eux qui se sont portés en nombre sur l’opposition travailliste, eux qu’a séduits un homme qui pourrait être leur grand-père, Jeremy Corbin, leader de l’aile gauche du parti. Cet homme, on le dirait sorti d’un manuel d’Histoire, rien dans l’habileté et tout dans les idées, tout dans cette volonté d’en revenir aux fondamentaux de la gauche européenne, à la protection sociale et à la défense des plus démunis.

Déjà porté à la direction de son parti par la base, contre la volonté de l’appareil et des élus qui ne voyaient en lui qu’un dinosaure incapable de rallier les classes moyennes et de ramener les Travaillistes au pouvoir, Jeremy Corbin était parti là avec vingt points de retard sur les conservateurs.

La gauche socialiste n'est pas morte

Contre lui, Theresa May semblait assurée de gagner son pari en s’adjugeant une majorité plus large que celle dont elle disposait. Elle voulait obtenir ainsi un mandat populaire qui lui aurait permis d’entamer en position de force les négociations de sortie de l’Union et c’est le contraire qui s’est produit.

Même si Theresa May parvient à conserver son poste – et cela reste à voir – c’est désavouée par les électeurs qu’elle devra négocier avec l’Union car les jeunes Britanniques ont été séduits par un vieux monsieur pourfendant le délabrement d’un système de santé gravement malmené par les coupes budgétaires. Comme Bernie Sanders l’année dernière aux Etats-Unis, comme Jean-Luc Mélenchon en France, comme deux autres hommes de son âge, Jeremy Corbin vient de prouver que la gauche socialiste, non, n’était pas morte et pouvait remobiliser la jeunesse contre l’injustice sociale, valeur en hausse de nos sociétés.

La confusion vis-à-vis de l'Union Européenne

Quant aux autres raisons de ce recul des conservateurs, elles tiennent en un mot : la confusion.

Durant la campagne sur le Brexit, au printemps dernier, Mme May, alors ministre de l’Intérieur, était plutôt pour le maintien dans l’Union.

Elle était au moins ambiguë mais, sitôt qu’elle a accédé aux commandes, elle a opté pour un « Brexit dur », préférant une complète rupture avec l’Union à tout compromis avec les 27.

Theresa May a couru après les électeurs souverainistes mais comme ces électeurs, souvent issus des classes populaires, sont également hostiles aux coupes budgétaires, elle a perdu là toute identité politique alors que Jeremy Corbin plaidait, lui, pour un compromis avec l’Union permettant à la Grande-Bretagne de conserver son accès au marché unique.

Dans cette campagne, Mme May incarnait à la fois l’europhobie et le recul de l’Etat médiateur. Évasif mais très modéré sur l’Union, Jeremy Corbin incarnait, lui, la résurrection d’une gauche sociale et c’est cette gauche à l’ancienne qui a marqué des points.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.