C’est un acte d’abdication que les Etats-Unis veulent maintenant arracher à l’Onu. Le projet de résolution sur la levée des sanctions contre l’Irak qu’ils vont présenter aujourd’hui au Conseil de sécurité n’est en effet rien d’autre qu’un projet de blanc-seing autorisant, de fait, l’Amérique à faire ce qu’elle voudra dans ce pays, sans aucun contrôle international et sans même qu’elle ait à rendre compte de son action. Ce texte ne dit pas un mot du désarmement, l’objectif des sanctions. Il ne dit rien ou presque sur l’avenir politique du pays, son organisation, sa Constitution, la date et les modalités d’éventuelles élections. Il propose de créer un poste de « coordinateur des Nations-Unies » en Irak mais sans aucunement définir cette fonction qui se réduirait, en clair, à de la figuration. Ce texte, enfin, prévoit de confier la gestion des revenus pétroliers du pays à un « Fond d’assistance à l’Irak », organisme échappant au contrôle de l’Onu et dont il est explicitement dit qu’il bénéficierait d’une totale « immunité » contre toute contestation judiciaire devant quelque tribunal que ce soit. Si le Conseil de sécurité adoptait ce texte, il accepterait de substituer les Etats-Unis aux Nations-Unies, de transformer l’Onu en chambre d’enregistrement de la politique américaine – en un mot, oui, d’abdiquer. Aucun pays qui se respecte ne pourrait voter cela mais non seulement les Etats-Unis font comme s’il ne s’agissait que d’un projet technique, destiné à faciliter les choses et aider les Irakiens mais, avant même que le Conseil ne se réunisse, ils l’ont averti que c’était à prendre ou à laisser. « Le Président, déclarait, hier, le porte-parole de la Maison-Blanche, veut que le Conseil de sécurité agisse rapidement et il n’y a pas besoin de longs débats ». Le Président américain « veut » et le monde doit, autrement dit, obtempérer sinon… Eh bien, sinon, les Etats-Unis se passeront de l’Onu, comme pour l’entrée en guerre, ce qui est, d’ailleurs déjà quasiment fait, puisqu’ils ont annoncé dès hier qu’ils levaient unilatéralement pour leur part les sanctions contre l’Irak, c’est-à-dire qu’ils s’asseyaient sur les résolutions en vigueur du Conseil de sécurité avant même qu’il ait délibéré sur la conduite à tenir maintenant que Saddam Hussein est tombé et que les troupes américaines occupent le pays. Soutenu par l’Espagne et la Grande-Bretagne qui cosignent ce projet, Georges Bush place ainsi les pays membres du Conseil devant un choix redoutable. S’ils rejettent ce texte, ils se font accuser de vouloir maintenir des sanctions contre l’Irak, de vouloir le malheur des Irakiens, et n’empêchent, pour autant pas, les Etats-Unis de faire ce qu’ils ont d’ores et déjà décidé. S’ils votent ce texte, ils s’alignent S’ils s’abstiennent, ils sauvent l’honneur mais sans gloire. C’est une démonstration de force, une de plus, que Washington s’apprête à faire mais il y a pourtant une faiblesse dans la position américaine. Si cette résolution n’est pas adoptée, les compagnies qui achèteraient du pétrole irakien le feraient sans base légale et seraient susceptibles d’être poursuivies devant les tribunaux. Il reste à l’Onu une petite, toute petite, marge de manœuvre.

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