On ne connaît pas encore le contenu de cette lettre de Mahmoud Ahmadinejad au Président des Etats-Unis. Le chef de l’Etat iranien l’a fait remettre, hier, en anglais et sous enveloppe, à l’ambassade suisse à Téhéran, représentante des intérêts américains depuis la rupture, il y a vingt-six ans, des relations diplomatiques entre les deux pays. Le temps qu’elle soit transmise à Georges Bush, il était déjà tard à Washington. La Maison-Blanche a seulement fait dire qu’elle ne contenait pas de concessions et ne faisait que présenter une « vaste vison historique et philosophique » des positions iraniennes mais quoi qu’il en soit, elle est un événement à deux titres au moins. Elle montre, d’abord, que le régime iranien ne prend pas aussi à la légère qu’il le dit la mobilisation du Conseil de sécurité contre ses ambitions nucléaires. Si cette lettre a été envoyée hier, ce n’est évidemment pas par hasard. C’est parce que le Conseil débattait, au même moment, des termes d’une résolution sur l’Iran, que les ministres des Affaires étrangères des Etats-Unis, de la Chine, de la Russie et des trois plus grandes puissances européennes se consultaient parallèlement sur l’attitude à adopter vis-à-vis de Téhéran et que la République islamique avait tout intérêt à faire un geste, à marquer une volonté de dialogue, pour donner des arguments à celles des capitales, Moscou et Pékin en tête, qui prêchent la patience à son égard. C’est une habileté mais, outre que cette habileté traduit une préoccupation iranienne, ce n’est pas que cela. Bien au-delà de l’instant, le seul fait que le Président iranien s’adresse directement à Georges Bush - non pas aux Européens, aux Russes, aux Chinois ou au secrétaire général de l’Onu mais au Président des Etats-Unis - signifie que si l’Iran s’engage un jour dans des négociations, il ne veut le faire qu’avec un pays et un seul : les Etats-Unis. C’est une bonne chose. C’est même relativement rassurant car cela semble bien vouloir dire que Téhéran pourrait, un jour, être prête à inscrire la question du nucléaire dans un marchandage global avec les Etats-Unis portant sur la sécurité de la région et celle de l’Iran, sur l’ensemble du contentieux bilatéral – bref, sur une normalisation complète entre les deux pays. C’est rassurant car, à Londres, Paris, Berlin, dans beaucoup de milieux washingtoniens aussi, il y a longtemps que l’on pense que seule l’Amérique peut offrir les garanties économiques et de sécurité qui pourraient amener le régime iranien à renoncer à ses ambitions nucléaires. L’ancien conseiller pour la sécurité nationale de Bill Clinton, Sandy Berger, l’expliquait encore hier dans le Wall Street Journal. Les Etats-Unis, écrivait-il, devraient, premièrement, assurer les autres grandes puissances qu’ils sont prêts « à une action diplomatique audacieuse » si elles acceptent, de leur côté, d’imposer de « dures sanctions à l’Iran » au cas où il rejetterait une « offre raisonnable » et, deuxièmement, annoncer qu’ils sont disposés à négocier avec Téhéran « sur tous les sujets d’intérêt commun ». On n’en est pas là, très loin de là sans doute, mais cette lettre vient, peut-être, baliser la voie.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.