La fausse solution syrienne de Washington et Moscou

C’est un accord qui pourrait bien ne rien changer sur le terrain mais qui n’en dit pas moins beaucoup de choses. Il y a une trentaine d’heures ce matin, tard dans la nuit de mardi, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, se sont entendus, à Moscou, pour appeler les parties syriennes, le pouvoir et l’insurrection, à négocier une solution politique au cours d’une conférence internationale dont ils souhaitent la tenue, ont-ils dit, « au plus vite ».

L’insurrection a très froidement réagi en rappelant que le départ de Bachar al-Assad était, pour elle, un préalable à toute négociation avec le régime en place. Hostile à tout compromis avec des insurgés qui ne sont, pour lui, que des « terroristes », le pouvoir syrien n’a pas encore commenté cette proposition. La conférence prônée par Washington et Moscou dans ce qui est leur première initiative commune sur ce conflit ne sera, autrement dit, pas facile à réunir mais, qu’elle le soit ou pas, cette soudaine convergence des Russes et des Américains marque une profonde évolution de leurs positions respectives.

Bien qu’elle l’ait toujours nié, la Russie voulait jusqu’à présent que Bachar al-Assad se maintienne au pouvoir car elle ne voulait pas, pour des raisons de politique intérieure, parce que Vladimir Poutine s’en sentait menacé, qu’un mouvement populaire ait une fois de plus raison d’une dictature en place. Par ses livraisons d’armes comme par son veto à toute condamnation du régime syrien par le Conseil de sécurité, la Russie soutenait Bachar al-Assad mais elle dit désormais ne pas l’encourager à rester au pouvoir même si elle continue de refuser que son retrait soit la condition et non pas l’aboutissement d’une négociation.

Tout semble dire, en un mot, que la Russie ne croit plus possible de sauver cette dictature et tout semble parallèlement dire aussi que les Etats-Unis, premièrement, ne veulent définitivement plus se risquer à armer l’insurrection de peur que cela ne renforce ses courants djihadistes et, deuxièmement, qu’ils ne croient plus en sa capacité à renverser le régime par ses propres moyens. Washington et Moscou voudraient en conséquence parrainer aujourd’hui une solution de transition et se sont donc engagés à faire pression, l’une sur l’insurrection, l’autre sur le pouvoir, pour les amener à la table des négociations.

Les deux parties vont être confrontées aux menaces et chantages de pays dont l’appui leur est indispensable. Ni l’une ni l’autre ne seront ménagées par leurs alliés respectifs mais, en admettant même que ces pressions les amènent à accepter cette conférence internationale, que pourrait-il en ressortir ?

Dans l’idéal, ce serait l’organisation d’un référendum ou d’élections sur l’ensemble du territoire syrien mais ces scrutins ne feraient alors que refléter la division du pays et bien vite entériner sa partition confessionnelle qui conduirait elle-même à un ébranlement de toutes les frontières régionales. Seuls l’armement de l’insurrection et la chute du régime auraient encore une faible chance de préserver l’unité syrienne mais cela, pour des raisons différentes, la Russie n’en veut toujours pas et les Occidentaux semblent bien ne plus en vouloir.

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