Pour renouveler leur Congrès, la moitié de leurs sénateurs mais surtout pour élire un président et un vice-président dans un système politique largement copié des Etats-Unis...

Direction les Philippines qui votent aujourd'hui...

Pour renouveler leur Congrès, la moitié de leurs sénateurs mais surtout pour élire un président et un vice-président dans un système politique largement copié des Etats-Unis. A cette différence près que les deux têtes de l'exécutif sont élus séparément.

Or les deux favoris de cette élection font peur à voir et à écouter. L'un est surnommé le « Trump asiatique », l'autre est le fils de Ferdinand Marcos, carrément ! Un nom qui dit forcément quelque chose au plus de trente ans que nous sommes.

Ferdinand Marcos, le père, c'est celui qui a tenu d'une main de fer les Philippines pendant 20 ans, de 1965 à 1986, et dont l'épouse, Imelda, était devenue célèbre grâce à ses 3 000 paires de chaussures laissées derrière elle en fuyant le palais présidentiel.

Imelda qui, à 86 ans, toujours aussi impeccablement coiffée, joue aux vedettes américaines dans les meetings de son sénateur de fils et, donc, selon toute vraisemblance, futur vice-président de cette nation de 100M d'habitants.

Et donc le candidat à la présidence est surnommé le « Trump de l'Asie »

Il en a la rhétorique, les propositions chocs et y compris la misogynie. Trump soutient la torture, Rodrigo Duterte, les assassinats de petits criminels, en pleine rue. Dans la ville qu'il dirigeait, Davao, on le dit lié à plus d'un milliers d'exécutions sommaires.

On lui doit d'avoir insulté le pape François, ce qui dans un pays très catholique est assez iconoclaste, d'avoir aussi avoué sa détestation des droits de l'homme et lorsqu'on lui demande s'il se voit en dictateur, il répond « oui, je suis un dictateur ».

Il promet de résoudre la criminalité en 6 mois et en jetant les voleurs et les braqueurs dans le port de Manille où, je cite, « ils iront engraisser les poissons ». Et comme son alter ego américain, il promet d'être dur avec la Chine et les Etats-Unis.

Mais au fait comment expliquer une telle galerie des horreurs ?

C'est évidemment là que la comparaison avec les Etats-Unis s'arrête. En fait, trente ans après la chute du dictateur Marcos, les Philippines connaissent une sorte de crise de croissance. Des millions de Philippins sont sortis de la pauvreté ces dix dernières années.

Or une classe moyenne nouvelle dans un pays qui a 23 ans de moyenne d'âge, ça veut dire de nouvelles exigences. Les Philippines sont dirigées depuis 30 ans par, non pas 100 familles, mais par 178 exactement, selon le pointage d'une ONG locale.

40 familles concentrent les trois quart de la richesse nationale. 73 des 80 provinces du pays sont aux mains de clans familiaux comme 80% des députés philippins. Si vous ajoutez à cela la corruption et le népotisme, vous obtenez un cocktail détonant.

Les autres candidats à la présidence sont une caricature de cette démocratie volée par l'oligarchie : 3 d'entre eux sont soutenus par la famille Cojuangco, éminence grise ou noire de la politique locale et un est même le petit-fils d'un ancien président.

En conséquence le discours d'outsider de Rodrigo Duterte est reçu 5 sur 5 et le fils du dictateur peut faire parader sa maman Imelda Marcos, la majorité des électeurs a moins de 30 ans et n'a donc aucun souvenir de la dictature et de ses tortures policières.

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