Où l'on voit les conservateurs iraniens se mobiliser pour la pérennité de la théocratie.

Après la France, l’Iran. Le 19 mai, dans dix jours, les Iraniens sont appelés aux urnes pour un scrutin présidentiel dont l’importance est aussi grande pour la République islamique que pour le Proche-Orient et le monde.

Tout devrait faire du président sortant, Hassan Rohani, le favori de cette élection.

Triomphalement élu en 2013 après avoir promis aux électeurs de conclure un compromis avec les grandes puissances sur le programme nucléaire iranien et d’obtenir ainsi la levée des sanctions économiques frappant son pays, ce pragmatique a tenu sa promesse.

Ce compromis a été signé. L’essentiel des sanctions a été levé. C’est mission accomplie mais, depuis l’ouverture de la campagne il y aura bientôt trois semaines, Hassan Rohani se heurte à un violent tir de barrage des courants les plus conservateurs du régime.

Contre lui, tout est bon. Il aurait fragilisé la sécurité nationale en faisant trop de concessions aux grandes puissances. Il n’aurait pas redressé l’économie puisqu’il n’aurait pas assez crée d’emplois et que le chômage demeure élevé. La presse le martèle. Ses concurrents conservateurs l’affirment dans les débats télévisés et, bien plus inquiétant pour lui, le Guide suprême, Ali Khamenei, ne manque plus une occasion de le critiquer, sur absolument tout.

Or le Guide est le chef d’un appareil clérical dont les institutions ont la préséance sur les institutions républicaines élues, présidence et Parlement. Il contrôle les forces armées, la police, la Justice, les media et les Gardiens de la révolution, l’armée du régime, un Etat dans l’Etat. Contre le Guide, on ne peut rien et, sans lui, on ne peut pas grand-chose et notamment pas être sûr que ce scrutin ne sera pas truqué comme il est arrivé qu’il le soit, au prix, il est vrai, de grands troubles politiques.

Cette mobilisation des conservateurs et du Guide tient, avant tout à un secret de polichinelle.

Le Guide est assez sérieusement malade. La question de son remplacement pourrait se poser pendant les quatre années du prochain mandat présidentiel et la Constitution confère au président de la République un rôle central dans le processus de succession qu’il est chargé d’ouvrir. Les conservateurs et le Guide ne veulent donc pas qu’Hassan Rohani soit aux commandes de l’Etat dans un moment aussi décisif.

Il faut l’écarter et cela d’autant plus que, si les électeurs lui accordaient un second mandat, il continuerait d’ouvrir l’Iran aux investisseurs étrangers et de réintégrer son économie à l’économie mondiale, de lier l’Iran au reste du monde et finirait ainsi par marginaliser les conservateurs. C’est l’orthodoxie de ce régime, voire sa pérennité, que les conservateurs défendent en s’attaquant au président sortant dont l’élimination marquerait aussi un regain de tensions dans la région et une accentuation du rapprochement entre l’Iran et la Russie.

C’est une immense bataille, si violente qu’Hassan Rohani en est venu, hier, à accuser les conservateurs d’avoir « pratique exécutions et emprisonnement durant 38 ans », autrement dit durant toutes les années d’existence de la théocratie.

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