C’est une vraie question. Débattue, lundi dans l’Express, examinée, hier dans Le Monde, désormais posée, sur les cinq continents et, d’abord, aux Etats-Unis, par presque tous les grands journaux, elle s’impose car les néo-conservateurs, les intellectuels de l’équipe Bush, prédisaient que le renversement de Saddam Hussein susciterait une contagion de la liberté dans tout le Proche-Orient et que, de fait, un vent de liberté, fragile mais spectaculairement neuf, souffle aujourd’hui sur l’Islam. Alors ? Faut-il en conclure que, mensonge ou pas sur les armes de destruction massive, malgré tous les morts et tous les effarants ratages de cette guerre, l’intervention en Irak aurait finalement été une bonne chose ? « Oui », tout bien considéré, « oui » répondent aujourd’hui beaucoup de ceux, en Europe comme en Amérique, qui avaient dénoncé là une aventure. Cette autocritique est courageuse. Elle honore ceux qui la font mais est-elle fondée ? Elle le serait s’il y avait un lien de cause à effet entre la chute de Saddam Hussein et les changements en cours dans l’Islam. Or ce n’est pas le cas. Ce n’est pas grâce à l’intervention en Irak que les Afghans ont pu voter l’année dernière. C’est grâce au renversement, bien plus tôt, des Talibans, grâce à une opération américaine mais approuvée par le Conseil de sécurité et parfaitement légitime puisque ce régime protégeait les commanditaires des attentats du 11 septembre, grâce, enfin, à un investissement massif de l’Onu dans ce pays. Ce n’est pas, non plus, grâce à l’intervention en Irak que de vraies élections se sont tenues en Palestine et que le processus de paix redémarre. C’est parce que Palestiniens et Israéliens étaient épuisés par quatre années d’affrontements vains, qu’Ariel Sharon en avait tiré les conséquences en annonçant le retrait de Gaza et que la mort de Yasser Arafat a permis, là-dessus, aux Palestiniens d’élire un homme, Mahmoud Abbas, qui avait depuis longtemps condamné la militarisation de l’Intifada. Cette dynamique propre à des crises différentes se retrouve au Liban. Là-bas, ce sont les quinze années de paix écoulées depuis la fin de la guerre civile qui avaient fait renaître l’aspiration à l’indépendance. Les choses étaient en cours. L’assassinat de Rafic Hariri les a précipitées et c’est beaucoup moins la crainte d’une intervention américaine qui limite la marge de manœuvres du régime syrien que celle d’une mise en quarantaine économique internationale. Peut-être, dira-t-on, mais les Irakiens ont voté. C’est un fait, formidablement heureux et porteur du premier rayon d’espoir dans ce chaos, mais en quoi le fait que les Irakiens aient voté contre la terreur quotidienne à laquelle la guerre a donné champ libre justifierait-il cette guerre ? La vérité n’est pas là. Elle est, premièrement, que l’on voit, enfin, que l’aspiration à la liberté est universelle et qu’il n’y pas d’incompatibilité entre l’Islam et la démocratie. Elle est, deuxièmement, que Georges Bush a autant raison, aujourd’hui, de faire de la liberté la cause des démocraties qu’il avait tort, hier, de penser la promouvoir à coup de bombes.

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