Prônée par beaucoup des Européens, poussée par les militaires américains, débattue depuis plusieurs semaines, l’idée est maintenant reprise par Barack Obama. Puisqu’il a été possible d’isoler al Qaëda en Irak en tendant la main aux insurgés sunnites, vient-il d’expliquer au New York Times, « il pourrait y avoir des occasions similaires en Afghanistan et dans la région pakistanaise ». Barack Obama souhaiterait tenter, autrement dit, de négocier un compromis avec les taliban, de les laisser reprendre le pouvoir ou y participer à la seule condition qu’ils rompent avec les réseaux d’Oussama ben Laden. Ce n’est pas, là, une perspective réjouissante. Si ce compromis était bel et bien passé, ce sont des fanatiques de la pire espèce qui reviendraient aux commandes de l’Afghanistan mais ce « réalisme » auquel Hillary Clinton appelait, jeudi, l’Otan à propos des relations avec la Russie pourrait, aussi, conduire les Américains à en passer, à Kabul, par un mal pour en éviter un pire encore. « Les Etats-Unis sont-ils en train de gagner en Afghanistan ? », a demandé le New York Times à Barack Obama et sa réponse a été claire. « Non », a-t-il simplement dit car les taliban, c’est un fait, ont d’ores et déjà repris le contrôle de plus des deux tiers du pays dont même la capitale n’échappe plus complètement à leur emprise. Faute d’avoir assez investi dans la reconstruction des villes et des villages, d’avoir amélioré la vie quotidienne des paysans et des citadins, le gouvernement afghan et les forces de l’Otan ont échoué à s’assurer la confiance et le soutien de la population qui reste aussi neutre qu’elle le peut. Aucun effort militaire ne pourra plus, dans ces conditions, renverser la situation à lui seul. Il faut négocier et le choix est ainsi entre la recherche d’un accord avec les taliban ou la victoire de l’alliance qu’ils ont formée avec al Qaëda. Dans un cas, l’Afghanistan revient à la charia. Dans l’autre, il y revient aussi mais redevient, en plus, le bunker du terrorisme islamiste, la base à partir de laquelle les réseaux djihadistes avaient préparé et lancé les attentats du 11 septembre. Cette stratégie sera beaucoup plus difficile à mettre en œuvre en Afghanistan qu’en Irak car les Américains avaient, parmi les sunnites irakiens, des interlocuteurs naturels, des chefs de tribus à même de décider, qu’ils n’ont pas parmi les taliban. L’insurrection est infiniment plus fractionnée en Afghanistan qu’elle ne l’était en Irak. La négociation y sera beaucoup plus difficile mais en y envoyant d’importants renforts – 17 000 hommes au moins – Barack Obama fait passer un message. L’Amérique ne se retirera que sur la base de ce compromis, pas sur une défaite qu’elle peut longtemps retarder, et les taliban pourraient préférer gagner aux conditions qui leur sont proposées plutôt que d’avoir à prolonger les combats au seul bénéfice d’al Qaëda. La partie qui s’engage est d’une rare complexité et le paradoxe est que son résultat dépendra beaucoup des conversations que les Américains vont ouvrir avec les Iraniens chiites, très hostiles au mouvement sunnite qu’est al Qaëda.

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