Ce pourrait être une complète révolution, "le premier grand pas", estimait, hier, le Financial Times, vers plus d’intégration de la zone euro », mais retour, d'abord, sur le présent. Jusqu’à présent, les pays de la monnaie unique s’interdisaient d’apporter une aide collective à l’un des leurs car ils craignaient que la seule possibilité de cette solidarité n’encourage des gouvernements à un laxisme budgétaire préjudiciable à tous. Des règles avaient été fixées sur le montant des déficits autorisés. Chacun devait s’y soumettre sous peine de se voir infliger des pénalités. C’était, ce sont toujours, les critères de Maastricht mais, depuis 1999, bien des pays, et non des moindres, sont sortis des clous sans que la Commission européenne, gardienne des traités, n’y puisse grand-chose ; le krach de Wall Street a fait voir la nécessité d’une plus grande coordination des politiques économiques européennes ; l’idée d’un « gouvernement économique » de l’Union, hier taboue, a donc été adoptée par l’Allemagne et il y eut, enfin, la crise grecque. C’est elle qui a achevé de faire évoluer les esprits car, si la Grèce, ses déficits abyssaux et ses comptes maquillés incarnent tout ce qui avait été les craintes allemandes au moment du lancement de l’euro et viennent justifier, a posteriori, les strictes conditions que la République fédérale y avait mises, cette crise illustre en même temps le vrai problème que ses traités posent à l’Union. Autant il est, en théorie, compréhensible de ne pas vouloir favoriser le laxisme et de proscrire, pour cela, la possibilité d’une solidarité financière, autant il est, en pratique, dangereux de laisser tomber un pays de l’euro puisque sa déconfiture pourrait vite déstabiliser l’ensemble de la monnaie unique. C’est la difficulté à laquelle se heurte l’Union depuis le début de la crise grecque. Elle l’a contournée, ou tenté de le faire, en exigeant d’Athènes des mesures d’austérité sans précédant en contrepartie desquelles elle lui accordera, si nécessaire, une garantie de ses emprunts et non pas une aide mais l’alerte est si chaude que l’idée de l’institution d’un Fonds monétaire européen, d’un Fonds d’aide aux pays de l’euro qui en auraient besoin, a maintenant vu le jour. Lancée, dimanche, par Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances et approuvée par Angela Merkel, elle a été reprise par la Commission européenne qui doit en débattre aujourd’hui et devrait faire des propositions avant l’été sur le statut, les règles et le fonctionnement de ce FME. Jusque là, sur l’idée, il y a consensus, notamment entre Paris et Berlin qui sont à l’origine de ce projet, mais le FME qu’envisage l’Allemagne devrait être, à la fois, pompier et gendarme, comme le FMI, présent pour aider mais pour aider en imposant des politiques financières orthodoxes, de strict équilibre budgétaire, sur lesquelles la France a plus que des réserves. L’idée des institutions financières communes progresse et, avec elle, s’ouvre déjà le débat sur les politiques que devraient permettre ces institutions – sur ce que devraient être, à terme, les politiques de l’Union, d’une Europe qui commence, enfin, sur la pointe des pieds mais tout de même, à parler politique.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.