C’était il y a deux mois qui semblent, aujourd’hui, un siècle. Il y a encore deux mois, le Proche-Orient se résumait à d’omnipotentes dictatures arabes, à l’omniprésence des islamistes et à l’éternel conflit israélo-palestinien. Les dictatures ont été les unes balayées, les autres ébranlées. Les islamistes ont été aussi surpris qu’elles par le vent de liberté qui s’est levé sur la région. Les islamistes ne sont plus qu’une force politique du Proche-Orient parmi d’autres mais qu’en est-il des Israéliens, des Palestiniens et de leur conflit ? Apparemment rien n’a bougé. C’est, comme toujours, le blocage du « processus de paix » mais, derrière cet apparent immobilisme, la donne change, là aussi, pour trois raisons. La première est que les Israéliens commencent à réaliser qu’ils ne pourront plus s’abstraire d’une région qui s’est mise en mouvement et continuer à vivre, à l’abri d’un mur, comme s’ils étaient un Etat des Etats-Unis. A défaut de savoir, pouvoir et vouloir parvenir à la paix, les Israéliens avaient fini par oublier la géographie et à d’autant plus se vivre comme des Occidentaux que leur économie est prospère, leur niveau de vie élevé et leur avance technologique impressionnante. Tant que rien ne bougeait autour d’eux, ils pouvaient ne pas bouger non plus mais, maintenant que la démocratie marque des points dans le monde arabe, que la liberté et de nouvelles générations y sont ascendantes, ils devront et doivent sortir à leur tour de l’immobilisme parce qu’ils ne pourront plus dire et se dire qu’ils n’ont pas d’interlocuteurs, parce qu’ils ne pourront pas être les seuls à faire comme si rien n’avait changé et parce que leur intérêt, enfin, serait de s’inscrire maintenant dans la région en en devenant un acteur économique privilégié. La deuxième raison pour laquelle la donne change est que l’intérêt économique et politique des Occidentaux sera désormais d’accompagner le bouleversement du monde arabe et que cela va les conduire à accentuer leurs pressions sur Israël en faveur de la création d’un Etat palestinien. Israël sera moins que jamais assuré de l’inconditionnalité du soutien de l’Europe et des Etats-Unis qui sont déjà en froid avec la droite israélienne au pouvoir et de plus en plus tentés, pour ce qui est des Européens, d’unilatéralement reconnaître la Palestine dans les frontières de 1967 et de ne plus tarder à le faire. Et puis, troisième raison pour laquelle les Israéliens doivent bouger, la contagion tunisienne peut, à chaque instant, gagner les Palestiniens et leur faire utiliser l’arme des manifestations non-violentes contre lesquelles la répression n’aurait qu’un effet boomerang en suscitant la solidarité des nouvelles générations arabes et la condamnation de l’Europe et des Etats-Unis. Israël doit bouger. C’est si vrai que son Premier ministre, Benjamin Netanyahu, prépare à la hâte une nouvelle offre de paix qu’il souhaiterait aller exposer devant le Congrès américain mais il ne s’agit, pour l’heure, que d’une proposition d’accord intérimaire et partiel. Pour les Palestiniens, c’est déjà « non ». Les Occidentaux sont plus que dubitatifs. La gauche et le centre israéliens ne le sont pas moins. La coalition des droites que fédère Benjamin Netanyahu n’est pas à la hauteur de la situation.

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