Il y a l’exception qui confirme la règle. La Syrie, au moins, n’est pas absente de cette campagne présidentielle dans la mesure où François Hollande a plusieurs fois dit qu’il approuvait la fermeté de Nicolas Sarkozy et Alain Juppé vis-à-vis du régime de Bachar al-Assad, un régime « abject » a-t-il dit. Sur ce dossier, une arrivée de la gauche aux affaires ne modifierait ainsi pas la diplomatie française mais sur les autres ?

Sur les autres, on l’ignore et on ignore tout autant ce que le candidat Sarkozy voudrait faire en politique étrangère puisque la seule fois où il l’ait abordée a été pour dire, sans plus de précisions, qu’il voudrait aller aussitôt en Israël et dans les Territoires palestiniens pour relancer le processus de paix.

Parfait. Très bien mais les deux principaux prétendants à la présidence parlent en fait de tout, sauf de l’international alors même que le monde n’est plus qu’un, qu’il n’y a plus un problème national, du prix de l’essence à la lutte contre le chômage, qui puisse être traité sans regarder au-delà des frontières hexagonales et que les électeurs le savent tous. Il y a là une esquive et une tromperie qui ne sont pas pour rien dans le manque de hauteur d’une campagne qui passe à côté de l’essentiel et de deux choses avant tout.

La première est le monde arabe. Les changements qui s’y produisent offrent à l’ensemble des pays européens, à la rive nord de la Méditerranée, une possibilité historique de construire de nouveaux rapports avec sa rive sud. Une nouvelle génération s’y affirme et aspire à la démocratie. Les islamistes se détournent des mythes djihadistes, rompent avec la violence et se transforment, lentement mais sûrement, en partis traditionnalistes et « islamo-conservateurs. A l’affrontement entre des dictatures archaïques et des mouvements terroristes et hostiles à l’Occident, succède la formation d’échiquiers politiques opposant des droites cléricales à des gauches modernistes. Ce changement permet à l’Europe et à la France au premier chef car elle est très présente dans ces pays et y soutient ce printemps, de jeter les bases d’une coopération économique puis d’un partenariat institutionnalisé qui permettraient des investissements mutuellement avantageux, freineraient la pression migratoire et affirmeraient un ensemble méditerranéen pouvant rivaliser avec les pays continents.

L’enjeu est historique mais il n’est pas plus évoqué à gauche qu’à droite, moins encore que l’Europe dont François Hollande ne dit pas plus que Nicolas Sarkozy comment il voudrait la voir évoluer. L’un et l’autre s’affrontent sur la renégociation de l’accord de rigueur conclu en décembre. La question est fondamentale mais s’il est clair, parce que la nécessité l’imposera, qu’il faudra ajouter un volet croissance à la réduction des dettes publiques, que voudraient-ils faire de l’Union à 15 ou 20 ans ?

Faut-il marcher vers des Etats-Unis d’Europe et, si oui, à quel rythme et à combien ? Faut-il en rester, au contraire, à l’Europe des nations vers laquelle on marche aujourd’hui tout en développant des politiques économiques communes qui demanderaient une démocratie commune ? C’est le débat, le premier de tous, mais cette campagne ne l’ouvre pas alors même que tout en dépend.

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