Un sommet après l’autre, l’Italie après l’Europe, les réfugiés et la Turquie, François Hollande avait rendez-vous, hier, à Venise, avec le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi. A la plus grande indignation des écologistes des deux pays, ils y ont finalisé le projet de liaison ferroviaire entre Lyon et Turin mais le vrai sujet de leur rencontre était la Libye, pays dont l’anarchie inquiète toujours plus Européens et Américains.

Depuis le renversement et la mort, en octobre 2011, de Mouammar Kadhafi, son ancien dictateur, la Libye n’a plus de gouvernement car elle en a deux qui se combattent. Il y a celui de Tripoli, dominé par les Frères musulmans, mouvement islamiste mais nullement djihadiste, et celui de Tobrouk, plus pluraliste et modéré. Deux pouvoirs, cela n’en fait aucun et c’est à la faveur de cette division que Daesh s’est implanté en Libye où ses hommes contrôlent maintenant la région côtière de Syrte à partir de laquelle ils progressent à la fois vers la frontière tunisienne et le Sahel.

Disposant d’un port, Daesh peut exporter du pétrole sur le marché noir et s’approvisionner en armes. C’est ce qui lui a permis de lancer, avant-hier, une attaque contre le Sud tunisien qui a été repoussée mais n’en est pas moins alarmante. Ce nouveau sanctuaire djihadiste pourrait bientôt devenir une base de lancement d’attaques terroristes en Europe, au Maghreb et dans l’Afrique sub-saharienne.

La Libye est, en un mot, devenue une telle source d’inquiétude que l’évolution de la situation y est très attentivement suivie par les Occidentaux qui y ont tous dépêché des agents de renseignement et des hommes de leurs forces spéciales chargés d’y faire du repérage et de conseiller et épauler les groupes libyens les plus opposés à Daesh.

Cela ne signifie pourtant pasqu'une intervention occidentale s'annonce, en tout cas pas déjà.

Peut-être, mais pas déjà. Tous les états-majors planchent sur cette hypothèse. Des plans s’élaborent. L’armée américaine vient de soumettre à la Maison-Blanche une trentaine de cibles qui pourraient être, un jour, bombardées mais, aux Etats-Unis comme en Europe, la priorité reste aux efforts de constitution d’un gouvernement commun à partir des deux gouvernements existants car un Etat libyen réunifié n’aurait guère de mal à avoir raison des quelques milliers d’hommes dont Daesh dispose dans le pays.

Ni les Européens ni les Américains, surtout pas les Américains, ne souhaitent avoir à intervenir dans un pays extrêmement étendu où ils pourraient rapidement s’enliser et où leur présence serait mal vue de l’Algérie limitrophe, prompte à s’inquiéter, à tort mais c’est ainsi, de nostalgies coloniales.

C’est pour cela que les Occidentaux jouent à fond la médiation de l’Onu dont l’émissaire, l’Allemand Martin Kobler, tente de rapprocher les deux gouvernements en place. Le problème est que cela traîne.

C’est pour cela que François Hollande et Matteo Renzi ont appelé, hier, à l’accélération de ce processus sans le succès duquel, alors oui, la question d’une intervention finira par se poser.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.