Le Liban se déclare aujourd’hui en défaut de paiement : les caisses sont vides. En crise politique et économique majeure depuis des mois, le pays est face à des choix difficiles, dans un contexte régional tendu.

Le nouveau Premier ministre libanais Hassan Diab après avoir annoncé que son pays se mettait en défaut de paiement et engageait une renégociation de la dette globale du Liban qui atteint des sommets.
Le nouveau Premier ministre libanais Hassan Diab après avoir annoncé que son pays se mettait en défaut de paiement et engageait une renégociation de la dette globale du Liban qui atteint des sommets. © AFP / DALATI AND NOHRA / AFP

Plongé depuis des mois dans une crise politique et économique majeure, le Liban va franchir aujourd’hui une nouvelle étape : pour la première fois de son histoire, il va se déclarer en défaut de paiement, dans l’incapacité d’honorer le remboursement d’1,2 milliard de dollars de dette. D’autres suivront dans les prochains jours, y compris pour des titres de dette émis en livres libanaises.

Cette décision, annoncée par le nouveau premier ministre Hassan Diab, était attendue car, depuis des mois, les retraits d’argent sont limités à moins de 200 euros par semaine dans les banques libanaises, et le taux réel de la livre par rapport au dollar s’est effondré de moitié. Les caisses sont presque vides, et le gouvernement veut tenter une renégociation de la dette globale du Liban, qui s’élève à 90 milliards de dollars, soit 170% du produit intérieur brut du pays, un record dans le monde (seul le Japon, autrement plus solvable, fait mieux) !

Cette situation qui évoque la Grèce d’hier ou l’Argentine d’aujourd’hui, serait déjà difficile sans la crise politique qui secoue le pays depuis des mois. Un profond mouvement de contestation de la jeunesse a déjà fait tomber le gouvernement de Saad Hariri, et continue de défier son successeur, trouvé après des mois de tractations entre factions libanaises.

Il suffit d’écouter les jeunes manifestants issus de toutes les communautés pour comprendre l’origine de cette crise. Ils mettent en cause le système de partage du gâteau entre les partis politiques qui ont tous une base confessionnelle. C’est ce qui a permis de sortir de la guerre civile en 1990, mais c’est un système qui a enrichi des clientèles politiques au détriment de l’État et de la masse de la population. 

Symbole de cette gabegie, la compagnie nationale d’électricité, incapable de fournir du courant tout le temps, et qui fait le bonheur des « mafias des générateurs » qui prennent le relais pendant les coupes. Un tiers de l’électricité produite ne ramène pas de revenus, en raison du clientélisme et de la corruption.

Les créanciers du Liban attendent des réformes sur lesquelles les gouvernements successifs se sont engagés, sans s’être montrés capables de les appliquer jusqu’ici.

Est-ce que ça sera différent cette fois ? La vraie différence, c’est que le Liban est doublement le dos au mur. La renégociation de la dette ne se fera pas sans gages sérieux, et le ras-le-bol de la population place la classe politique sous pression.

Mais le contexte régional complique un peu plus la donne. La principale force politico-militaire libanaise est le Hezbollah, chiite et pro-iranien, qui a mis son véto à tout recours au Fonds monétaire international en raison de l’influence américaine dans cette institution.

L’ombre de l’Iran plane sur le Liban. Les premiers cas de coronavirus du Liban sont arrivés par des pelerins chiites de la plaine de la Bekaa de retour de la ville de Qom, mais qui ont refusé de se déclarer pour ne pas nuire à la réputation de l’Iran…

Toutes les tensions du Liban arrivent à maturité en même temps, l’équilibrisme permanent de ce pays risque de ne plus être possible très longtemps. L’heure de vérité est d’abord comptable, mais elle est aussi très politique.

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