C’était attendu. C’est logique. Ca n’a pas traîné. C’est moins d’une semaine après sa réélection - « J’ai gagné un capital politique, avait-il alors dit, je compte l’utiliser » - que Georges Bush a fait donner, hier, l’assaut à Falloujah, la plus rebelle des villes irakiennes. Tout l’y poussait. Grande ville sunnite, bastion, donc, de ceux des Irakiens sur lesquels s’appuyait le régime de Saddam Hussein, Falloujah avait manifesté dès le mois d’avril 2003, juste après la prise de Bagdad, contre la présence des Etats-Unis en Irak. Immédiate, la répression avait fait dix-sept morts et Falloujah s’était ancrée depuis dans la résistance. C’est vers elle qu’ont très vite convergé les « combattants étrangers », ces soldats de l’internationale islamiste qui, comme Abou Moussab al-Zarqaoui, le plus redoutable d’entre eux, un proche d’Oussama ben Laden, ont maintenant fait de l’Irak le premier de leurs champs de bataille. C’est dans cette ville que se sont formés et installés les états-majors de la vingtaine de groupes qui organisent attentats et enlèvements. C’est là que quatre Américains, employés d’une de ces firmes de sécurité privées qui louent leurs services en Irak, avaient été lynchés, en mars dernier, avant que des morceaux de leur corps ne soient accrochés au dessus d’un pont. C’est là que l’armée américaine avait, ensuite, lancé, en représailles, une première offensive infructueuse, au printemps dernier. C’est enfin là que s’est créé une enclave théocratique en Irak, dirigée par un conseil d’imams radicaux qui arbitre entre les groupes armés, proscrit l’alcool à coups de flagellations publiques et veille aux bonnes mœurs. L’exterritorialité dans laquelle s’était installée Falloujah constituait - c’est un fait - l’un des principaux obstacles à l’organisation, prévue pour janvier prochain, de l’élection d’une Assemblée constituante qui devrait déboucher, un an plus tard, sur l’élection d’un Parlement et la mise en place d’un gouvernement national dont l’entrée en fonction préluderait au retrait américain. De l’échec ou du succès de ce plan dépendent les chances des Etats-Unis de sortir du bourbier irakien. C’est pour cela que l’encerclement de Falloujah et son pilonnage aérien étaient inéluctables. Seule l’élection de mardi dernier avait retardée cette bataille mais sera-t-elle aussi décisive qu’on le croit à la Maison-Blanche ? Il y a deux raisons d’en douter. La première est que cette offensive était précisément tellement annoncée que tout indique que les états-majors de la lutte armée se sont déjà retirés sur d’autres bases. Non seulement les cerveaux des attentats n’ont pas attendus d’être tués ou faits prisonniers mais lorsque les unités américaines et les contingents irakiens auront réduit la ville, que les souffrances des bombardements auront décuplé la haine et levé d’autres combattants, le temps de la guérilla urbaine viendra à Falloujah tandis que s’ouvriront d’autres fronts. Ce n’est pas par les armes que ces guerres se gagnent. Pour l’heure, la donne irakienne ne change malheureusement pas.

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