A Panama, dernière étape d’une tournée latino-américaine, Georges Bush a, une fois de plus, contourné la question. « Est-ce vrai ? Est-ce faux ? », lui demandaient, lundi, les journalistes après les révélations du Washington Post sur les prisons secrètes qu’entretiendrait la CIA dans huit pays du monde et le président américain n’a ni confirmé ni démenti. « La nation, a-t-il choisi de répondre, est en guerre contre un ennemi de l’ombre qui complote et se prépare et veut frapper à nouveau l’Amérique et vous pensez bien, a-t-il poursuivi, que nous allons le traquer agressivement mais nous le ferons dans le respect de la loi ». « Nous ne torturons pas », a-t-il ajouté plus catégoriquement mais sans expliquer pourquoi Dick Cheney, son Vice-président, déployait alors de tels efforts pour convaincre le Congrès d’exempter la CIA d’un amendement parlementaire bannissant toute forme de torture. Car les faits sont là, largement relevés et commentés par la presse américaine. Depuis que John McCain, élu républicain de l’Arizona, l’un des Etats les plus conservateurs des Etats-Unis, a proposé au Sénat un amendement au projet de budget militaire interdisant « les traitements cruels, inhumains et dégradants », la Maison-Blanche est sur le pied de guerre. Elle a d’abord menacé d’opposer son veto au budget de la Défense si cet amendement était adopté. Il l’a quand même été, par 90 contre 9, presque à l’unanimité, donc, des deux groupes parlementaires et c’est devant la force de ce vote que le Vice-président a été discrètement dépêché au Congrès pour convaincre les élus que la CIA ne devrait pas être concernée par cette interdiction. En coulisses et tout en le niant depuis hier, la Maison-Blanche fait des pieds et des mains pour que la loi autorise la CIA à torturer. Il y a là une claire contradiction avec ce « Nous ne torturons pas » de Georges Bush et une touy aussi claire confirmation, aussi, de la réalité des révélations du Washington Post sur les « sites noirs » de l’Agence. Si la Présidence veut tant soustraire la CIA à l’interdiction de torturer, c’est qu’elle torture bel et bien dans ses prisons secrètes comme l’écrivait le Post, détails à l’appui. La bataille fait rage au Congrès. Le Pentagone vient d’opérer un repli en diffusant une directive interdisant la torture aux militaires mais, malgré les pressions de l’exécutif, John McCain reste inébranlable. « Combien de personnes se tournent contre les Etats-Unis lorsque elles apprennent que nous torturons des gens ? », martèle dans toutes ses interviews ce fils d’une dynastie de soldats qui garde des séquelles des tortures qu’il avait lui-même subies lorsqu’il était prisonnier de guerre au Vietnam. C’est l’image des Etats-Unis que défend là ce sénateur, leur capacité à continuer d’incarner la démocratie et le respect des droits de l’Homme, à se réclamer de valeurs morales et à dénoncer dictatures et tortionnaires. C’est sur cette base qu’il a réussi à mobiliser le Congrès et il est accablant que le Parlement européen ne se soit pas encore saisi de cette affaire alors même que certaines des prisons de la CIA sont abritées ou l’ont été par de nouveaux ou futurs pays membres de l’Union.

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