C’est sain, salutaire, réjouissant. Il est, en un mot, rassurant que les électeurs américains aient fini, mardi, par sanctionner aussi clairement et massivement un Président dont l’arrogance et, pour rester poli, la… cécité ont conduit l’Irak, le Proche-Orient, les Etats-Unis et le monde dans une impasse aussi tragiquement inextricable. Il est encore plus satisfaisant que la première victime de ce désaveu électoral ait été ce secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, l’homme dont Henri Kissinger a dit qu’il était la personne la plus grossière qu’il ait jamais connue, l’homme qui n’a jamais voulu écouter les conseils de ses généraux, l’homme qui a envoyé les soldats américains se battre en sous-effectifs et sans équipements adéquats, l’homme qui méprisait tant la France et l’Europe, l’homme, surtout, qui a autorisé, couvert et développé l’usage de la torture et qui était, avec le vice-Président Dick Cheney, l’un des deux personnages les plus obtus et les plus sinistres de cette équipe. Oui, tout cela réjouit mais où tout cela mène-t-il ? Hélas pas à des miracles car il n’y a plus, aujourd’hui, de bonne solution à la crise irakienne mais une troisième nouvelle est tombée, hier, à Washington. C’est un pragmatique, aussitôt salué par les Démocrates, auquel Georges Bush a fait appel pour succéder à Donald Rumsfeld. Ancien de la CIA dont il a été directeur sous le premier Président Bush, Robert Gates est un homme d’expérience, connaissant ses dossiers et le monde, le contraire d’un idéologue, l’un de ses conservateurs réfléchis qui avaient constitué la garde rapprochée de Georges Bush le père et n’avaient jamais manifesté d’enthousiasme pour l’aventure irakienne de son fils. Il y a là comme un repli de la Maison-Blanche sur une autre culture et, plus important encore, Robert Gates est l’un des membres de la commission de réflexion sur l’Irak mise en place par le Congrès sortant et présidée par un autre homme du premier Président Bush, son secrétaire d’Etat, James Baker, l’avocat de la dynastie. Or ce « Groupe d’études », dont le rapport sera rendu public sous quelques semaines, devrait préconiser (on en a souvent parlé dans cette chronique) l’exploration de trois nouvelles voies – le recours à un homme fort, un retrait d’Irak et, surtout, l’ouverture de discussions avec l’Iran pour voir si la République islamique serait disposée à un compromis global sur l’Irak, le nucléaire et la stabilité régionale. Jusqu’à hier, jusqu’à l’ampleur de la victoire démocrate, le départ de Rumsfeld et la nomination de Robert Gates, cette troisième voie avait encore peu de chances d’être empruntée mais, désormais, qui sait ? On verra mais, outre qu’elle serait la moins incertaine des trois et que beaucoup de capitales européennes la croient incontournable, il devient maintenant plausible que les Etats-Unis prennent cette direction. Ce n’est pas, non plus, une mauvaise nouvelle car, au Proche-Orient, tout, rigoureusement tout est à remettre à plat.

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