A s’en tenir aux images, c’est l’arroseur arrosé. Il y a quatre ans, en 2003, un jeune Géorgien de 35 ans, Mikhaïl Saakachvili, prenait la tête d’un soulèvement national, déterminé mais non violent, pénétrait dans le Parlement et obtenait la démission du chef de l’Etat de l’époque, Edouard Chevardnadze, ancien ministre des Affaires étrangères de l’Union soviétique, accusé de passivité devant la corruption de son gouvernement. On avait appelé cela la « Révolution de la rose » et, du jour au lendemain, Mikhaïl Saakachvili était devenu la coqueluche de la presse et des gouvernements occidentaux car ce géant souriant et tout en muscles, formé en France puis aux Etats-Unis, marié à une Néerlandaise, parlant couramment l’anglais, le français, le russe et l’ukrainien, ancien collaborateur d’un cabinet d’avocats new-yorkais, semblait incarner à lui seul la démocratie et l’aspiration des anciennes républiques soviétiques à un ancrage à l’Ouest. L’espoir, les libertés, la rupture, le modèle occidental, c’était Saakachvili, si évidemment irrésistible que l’ambassadeur de France à Tbilissi, Salomé Zourabichvili, d’origine géorgienne et nièce d’Hélène Carrère d’Encausse, la secrétaire perpétuelle de l’Académie française, quittait le Quai d’Orsay pour devenir sa ministre des Affaires étrangères. C’était il y a quatre ans seulement mais, vendredi dernier, l’histoire s’est répétée, contre Mikhaïl Saakachvili. Près de cent mille personnes, convergeant de tout le pays, ont envahi les rues de la capitale, exigeant des élections anticipées et le départ du héros d’hier qui a proclamé, mercredi, l’état d’urgence, interdisant les rassemblements et muselant la presse, avant de relever, jeudi, le défi - ou de céder - en annonçant un scrutin présidentiel pour janvier prochain. Deux choses ont changé depuis 2003. La première est que les Géorgiens ont maintenant réalisé qu’il ne suffisait pas d’avoir fait des études en Occident pour relever le niveau de vie, développer le pays et enrayer la corruption. Malgré toutes ses promesses, et ses illusions sans doute, ce Président n’a pas su remettre la Géorgie sur pieds, pas plus la moraliser que l’enrichir. Pire encore, devant l’échec, il est devenu de plus en plus autoritaire, perdant ses soutiens et son capital de sympathies mais là n’est pas l’essentiel. Durant ces quatre années, les Etats-Unis se sont empêtrés en Irak alors que la flambée des cours du pétrole emplissait les caisses de la Russie qui a fait un retour en force sur la scène internationale. Le temps n’est plus où l’Amérique entreprenait d’encercler la Russie de nouveaux alliés, Ukraine et Géorgie, qu’elle ferait entrer dans l’Otan. L’Amérique a, aujourd’hui, besoin du soutien russe, contre l’Iran notamment, et la politique d’affirmation de la Géorgie face à Moscou qu’a cru pouvoir mener Mikhaïl Saakachvili n’a plus d’avenir. L’Ukraine l’avait compris avant lui et cet homme trop simple, trop brusque, est désormais critiqué à l’unisson – manquement aux droits de l’homme – par l’Amérique et la Russie, l’Europe, l’Onu et même l’Otan.

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