Il est partant, il s’en va, il sera bientôt parti et l’on ne peut qu’en être soulagé. Si elle ne résout pas, et loin de là, tous les problèmes de l’Italie, la prochaine démission de Silvio Berlusconi, annoncée hier soir, a au moins le mérite de débarrasser l’Italie, l’Europe et la scène internationale de ce que les anglophone appellent si joliment une « disgrâce ».

Ancien animateur de croisières et boites de nuit, spécialiste de ces grosses blagues salaces qui vous laisse gêné par les rires qu’elles provoquent, cet homme avait bâti dans les années 60 une fortune immobilière dont l’origine reste totalement mystérieuse. Peu regardant sur les moyens, il l’avait ensuite décuplée au point de devenir, dix ans durant, la première fortune d’Italie et c’est assis sur ce tas d’or et appuyé par ses télévisions qu’il s’était lancé dans la politique, en 1994, en s’alliant au parti régionaliste et xénophobe de la Ligue du Nord et au Mouvement social italien, dernier avatar des temps fascistes.

Au pouvoir ou dans l’opposition, Silvio Berlusconi était depuis lors la figure centrale de la politique italienne, fascinant par sa réussite personnelle une droite qui ne s’était pas remise de l’écroulement de la démocratie-chrétienne. Mieux que quiconque au monde, il aura incarné le recul de la politique à la fin du siècle dernier et l’idée qu’un Etat devant se gérer, paraît-il, comme une entreprise, rien n’était mieux que de mettre à sa tête un homme d’affaires multimilliardaire dont le seul compte en banque devait faire taire interrogations et critiques. C’est ainsi que l’Italie aura été dirigée par un homme poursuivi pour fraude fiscale, corruption, abus de pouvoir et prostitution de mineures, un homme dont le meilleur ami était Vladimir Poutine et qui trouvait spirituel de décrire Barack Obama comme « jeune, beau et même bronzé ».

Tout ayant une fin, ses frasques et l’endettement de l’Italie avaient fait tomber sa popularité au plus bas. Même pour ses amis, il était devenu temps de le sortir de scène et hier, à l’occasion d’un vote d’approbation des comptes de la nation pour 2010, le nombre de défections dans son propre camp a été tel que sa majorité parlementaire s’est évaporée. Une trop longue parenthèse se referme mais maintenant que Silvio Berlusconi a informé le chef de l’Etat, Giorgio Napolitano, qu’il se retirerait sitôt que le Parlement aura adopté le projet de budget remanié à la demande des autres pays de la zone euro, que se passera-t-il en Italie ?

Ce vote devrait intervenir sous 15 jours et le Président de la République devrait alors tout faire pour éviter d’avoir à dissoudre et organiser de nouvelles élections car il ne veut ni que le pays soit paralysé par une campagne électorale ni risquer qu’un scrutin ne dégage pas de majorité solide alors que le pays est en pleine tourmente économique. D’accord en cela avec la gauche, Giorgio Napolitano va pousser à la constitution d’un gouvernement d’union nationale, présidé par un technicien d’expérience internationale, regroupant gauche, centre et droite et assez solide pour durer jusqu’à la fin de cette législature, en 2013. S’il y parvient, l’Italie se sera donné le temps de commencer à se désendetter. Sinon une crise politique aggravera la crise financière.

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