Où l'on voit que les Iraniens ont plus d'hommes que les Saudiens mais plus de territoires à défendre alors que leurs arsenaux sont comparables.

Jour après jour, entre Iraniens et Saoudiens, le ton monte. Hier, c’était Hassan Rohani, le président de la République islamique, pourtant un pragmatique, qui lançait à l’Arabie saoudite : «  Vous n’êtes rien. De plus grands que vous s’y sont cassés les dents » et qui l’appelait donc à se méfier de la « puissance iranienne ». 

Le même jour, Ali Akbar Velayati, le très influent conseiller diplomatique du Guide suprême iranien, se félicitait en Syrie, à Alep, des succès des chiites au Proche-Orient et s’enthousiasmait de « la ligne de résistance qui part de Téhéran traverse Bagdad, Damas et Beyrouth et atteint la Palestine », autrement dit la frontière nord d’Israël, celle qui le sépare du Liban. Tous deux répondaient ainsi au prince héritier saoudien, Mohamed ben Salmane, qui avait accusé l’Iran, la veille, d’une « agression militaire directe » à laquelle Ryad se réservait « le droit de répondre ».           

Jamais ces deux pays n’ont été aussi proches d’en découdre, face-à-face et non plus par procuration, mais entre eux, si l’on en arrivait là, quel est le rapport de forces ? 

En termes d’effectifs militaires, il est en faveur de l’Iran qui peut aligner 750 000 hommes contre 400 000 pour l’Arabie saoudite mais, si exacts qu’ils soient, ces chiffres ne disent pas tout. 

Alors que les forces saoudiennes ne sont engagées sur aucun autre front extérieur que le ciel yéménite d’où elles combattent la rébellion chiite que soutient Téhéran, les armées iraniennes sont aujourd’hui dispersées entre la Syrie où elles sont engagées en soutien au régime Assad et l’Irak où elles encadrent et appuient les milices chiites. Non seulement les forces iraniennes sont occupées sur ces deux fronts mais le Hezbollah, la puissante organisation politico-militaire des chiites libanais qu’arme et finance Téhéran, a engagé les meilleurs de ses troupes en Syrie et ainsi dégarni le front intérieur libanais sur lequel il est maintenant moins fort.

L’Iran s’est tant projeté dans tout le Proche-Orient qu’il a désormais beaucoup plus de territoires à défendre que l’Arabie saoudite qui est, elle, restée dans ses frontières car elle avait choisi de n’affronter les Iraniens qu’à travers ses alliés. 

Quoi qu’on en dise à Téhéran, l’Iran n’est ainsi pas en position de force car il a plus à perdre que les Saoudiens mais, pour le reste, les deux pays ont largement de quoi se détruire l’un l’autre car, outre que leurs arsenaux sont pleins et la portée de leurs missiles largement suffisantes pour frapper l’autre, Ryad peut compter sur les livraisons d’armes des Etats-Unis et Téhéran sur celles de la Russie. 

Si on y arrivait vraiment, ce qui est loin d'être certain mais tout à fait possibler, le plus terrifiant dans cette guerre est qu’elle opposerait indirectement Washington et Moscou. 

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