A quinze, les institutions prévues pour six, les six pays fondateurs de la Communauté, grippaient déjà. Ce qu’on pouvait faire à six, cette concertation permanente pour parvenir au consensus, n’était déjà plus guère praticable et cela d’autant moins que les règles et la monnaie communes adoptées au fil des ans obligent à des décisions communes dans des domaines de plus en plus étendus. A vingt-cinq en 2004, l’Union doit donc s’inventer de nouveaux fonctionnements, se donner aussi les moyens de parler d’une seule voix sur la scène internationale, de jouer un rôle à sa mesure en pesant, petit à petit, autant que les Etats-Unis, mais comment ? Deux thèses, deux visions de l’unité européenne s’affrontent là. Pour les uns, les fédéralistes, dont les idées sont régulièrement défendues dans cette chronique, il faut, par étapes sans doute mais sans traîner, aller vers un exécutif européen, gouvernement et président, procédant, comme dans toute démocratie, d’élections européennes dans lesquelles s’affronteraient, droite et gauche, des partis pan-européens dont les élus siégeraient dans un véritable Parlement aux pouvoirs étendus. Ce serait parfaitement possible puisque les échiquiers politiques des pays membres sont aujourd’hui très semblables. Ce serait également souhaitable car l’Union deviendrait ainsi vraiment démocratique, avec des pouvoirs élus responsables devant leurs électeurs au lieu de l’actuel entrelacs d’institutions croisées dans lequel il est de moins en moins possible de savoir qui est responsable de quoi et devant qui. Le fédéralisme permettrait, du même coup, de transcender les réflexes nationaux, de ne plus opposer dans l’Union des Etats mais des idées, des programmes plutôt que des nationalités. Cette vision là est aujourd’hui minoritaire en Europe. Elle ne le restera pas mais, au jour d’aujourd’hui, une majorité d’Etats et de citoyens européens entendent laisser le premier rôle à la négociation entre gouvernements nationaux, à ce qu’on appelle « l’inter-gouvernemental » par opposition au fédéralisme. L’Europe des 25, c’est acquis, pas encore dit mais clair, sera gouvernée par le Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement qui dotera l’Europe d’un président, c’est un progrès, mais d’un président non pas responsable devant les électeurs mais devant le collège des dirigeants nationaux. Au sein de ce Conseil, certains Etats seront plus égaux que d’autres, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, mais tout se négociera, se marchandera à 25. Rien ne sera très lisible dans les institutions à venir et c’est la raison pour laquelle il faudrait arriver à un élément, au moins, de clarté : l’élection par les députés européens du Président de la Commission de Bruxelles, de l’organe d’impulsion et d’exécution des choix européens. Il y aurait ainsi un véritable enjeu politique dans les élections européennes. Les partis nationaux, à droite et à gauche, seraient contraints de former des listes européennes communes. Deux légitimités, populaire et nationale, seraient en concurrence dans l’Union même si la légitimité des Etats continuera, pour l’instant, de l’emporter. Il y aurait, là, un compromis raisonnable et nécessaire.

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