Il ne l’a pas dit d’emblée. Comme pour mieux montrer qu’il allait de soi qu’il tenait ses engagements internationaux, qu’il n’y avait pas, là, grande nouvelle, le président russe n’a mentionné qu’en passant, au milieu du discours qu’il prononçait, hier, à Evian, devant Nicolas Sarkozy et les invités de la Conférence politique mondiale, que les troupes russes se seraient retirées avant minuit des zones de sécurité séparant la Géorgie de ses provinces sécessionnistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. Le président français en avait, bien sûr, été préalablement informé. Il avait même fait de cette annonce la condition de sa présence aux côtés de Dmitri Medvedev. « C’est un élément très important », a-t-il dit dans son propre discours. Il s’en est « réjoui » et, comme dans un ballet bien réglé, on a ainsi assisté à un échange de bonnes manières politiques de première importance entre la France et la Russie, à l’organisation d’une véritable convergence diplomatique, d’une connivence même, entre Paris et Moscou. Nicolas Sarkozy a souhaité que « tous » les acteurs de la crise géorgienne puissent participer aux discussions prévues la semaine prochaine, à Genève, sur la stabilisation de l’Abkhazie et de l’Ossétie. Ce « tous » signifiait qu’il accepte, comme le souhaitaient les Russes, que les dirigeants de ces deux régions dont Moscou a reconnu l’indépendance participent à cette réunion, sur un strapontin mais tout de même. Dmitri Medvedev a jugé « opportune » la proposition française de réunir un G-8 élargi aux puissances émergentes afin de lancer une réforme des systèmes monétaire et financier internationaux. Le président français a, lui, repris une idée du président russe, celle d’un « pacte de sécurité européen », en proposant de réunir, fin 2009, un sommet de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l’OSCE, où siègent à la fois les pays de l’Union européenne, la Russie et les Etats-Unis. C’est, en un mot, à la présentation d’un agenda diplomatique franco-russe qu’on a assisté hier. Paris et Moscou marchent désormais dans la même direction car, en fait, tout les y pousse. Tout un pan du Kremlin, celui qu’incarne Dmitri Medvedev, souhaite arrimer la Russie à l’Union européenne à travers une coopération, un partenariat dans tous les domaines, afin de moderniser, enrichir et stabiliser ce pays qui est loin d'être, déjà, sorti de l’écroulement soviétique. Dmitri Medvedev ne veut pas enfoncer la Russie dans des conflits et il a compris que la France, l’Allemagne et la majorité des Européens pouvaient l’y aider car elles ne souhaitent pas s’aliéner les Russes en poursuivant les projets d’extension de l’Otan. La France et la majorité de l’Union veulent garantir, de leur côté, la sûreté de leurs échanges, notamment énergétiques, avec la Russie mais ce n’est pas tout. L’Amérique étant aux abonnés absents, Français et Russes, Européens et Russes, voient la possibilité, et le besoin, de prendre en mains leur continent et leurs relations, de les mettre à l’abri du chaos mondial. Parce que la politique a horreur du vide, le continent Europe cherche à s’affirmer.

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