Ce sera dans un mois exactement. Il y aura vingt ans, le 9 novembre, que le Mur est tombé. Radio-France marquera cet anniversaire par une mobilisation de toutes ses antennes. Partout ou presque ce jour sera fêté mais, après tout, pourquoi cet événement fut-il tellement important puisqu’il l’a, bien sûr, été ? Il le fut car, ce jour-là, des nations entières, toute l’Europe centrale, ont recouvré une liberté dont elles avaient été privées depuis que la lassitude de la guerre avait permis à Staline de les absorber. Aucune de ces nations n’avaient choisi le communisme. Il leur avait été imposé par un rapport de force international qu’on avait cru éternel et soudain, non pas du jour au lendemain mais au terme d’un processus qui avait permis la chute de ce mur qui coupait l’Europe en deux, l’Europe dite de l’Est retrouvait la possibilité de choisir son destin. Ce fut un jour d’allégresse inouïe, digne à elle seule des célébrations qui s’annoncent mais l’événement n’était pourtant pas là. L’évènement, le vrai, celui qui restera, est que cette journée a changé le monde comme seules la révolution de 17, la Révolution française ou la découverte de l’Amérique, des tournants de cette taille, l’avaient fait auparavant. Du jour au lendemain, pour le coup, tout a changé dans le monde c_ar la fin de cet équilibre qui, pour avoir été celui de la terreur, n’en était pas moins un, n’a pas fait place à l’harmonie universelle. Elle a non seulement réveillé toutes les crises que la Guerre froide avait fait oublier mais elle en a également crée de nouvelles, porteuses de nouveaux affrontements, et donné à voir des évolutions souterraines, cachées par l’affrontement des deux blocs mais qui feront les siècles à venir. Du temps de la Guerre froide, on avait oublié qu’il y avait deux Ukraine, que la Tchétchénie attendait l’heure de sa revanche ou, bien plus important encore, que la Russie se dépeuplait tant que la Sibérie et l’Asie centrale devenaient une proie tentante pour la Chine surpeuplée. On n’avait pas su voir, non plus, que ces brigades internationales de l’Islam qui avaient défait l’URSS en Afghanistan pourraient se retourner contre l’Occident et les régimes arabes qui les avaient armées ; que le tournant économique pris par la Chine pourrait bientôt faire d’elle – c’est maintenant imminent – la deuxième puissance économique du monde ; que l’essor du plus peuplé des pays comme celui de l’Inde ou de Brésil viendraient relativiser la suprématie mondiale que l’Occident s’était acquise depuis la Renaissance – que tout ce qui changeait, en un mot, sous l’apparent statu quo de l’après-guerre, changerait totalement et brutalement le monde sitôt le communisme enterré. On y est aujourd’hui. Dans l’incertitude d’une précipitation chimique, de nouveaux équilibres sont à bâtir. L’histoire est en marche, sa marche sera longue, et il n’y a personne pour canaliser sa fureur – plus même cette Amérique qui n’est plus qu’une puissance parmi d’autres, toujours la plus grande mais plus la seule.

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