Rien ne semble plus pouvoir empêcher un bras-de-fer entre Barcelone et Madrid

Rien n’est jamais écrit. Les centaines de milliers de personnes qui ont manifesté ce week-end dans toute l’Espagne et jusqu’à Barcelone contre l’éclatement du royaume peuvent encore donner à réfléchir et faire bouger les choses mais, parti comme c’est, le chef de l’exécutif catalan, Carles Puigdemont, devrait proclamer demain l’indépendance de son pays.

Il devrait le faire parce que le « oui » l’a emporté, il y a huit jours, avec plus de 90% des suffrages exprimés et que la loi adoptée par le Parlement régional au début du mois dernier prévoit qu’une majorité de « oui » entraîne automatiquement la proclamation de l’indépendance catalane. Bien que cette loi soit contraire à la Constitution espagnole et que la participation n’ait été que de 43% des inscrits, Carles Puigdemont est en quelque sorte d’obligé de franchir ce pas car, en ne le faisant pas, il trahirait le mandat qui lui a été confié par les formations indépendantistes qui sont majoritaires au Parlement régional.

Sauf coup de théâtre, la suite des événements est ainsi claire. Comme la Constitution lui en donne la possibilité, le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, devrait décider de suspendre l’autonomie de la Catalogne et de la gérer en direct. Aucun Catalan n’aimera cela et pas même ceux qui sont hostiles à l’indépendance. Il va se créer une situation ressemblant beaucoup à une occupation de la Catalogne par l’Espagne et faisant remonter - c'est déjà le cas - les effluves de la Guerre civile et des décennies fascistes.

Il en naîtra un ressentiment d’autant plus fort que l’économie pâtira forcément de ces tensions entre Catalans et entre la Catalogne et l’Espagne. Même si la violence est évitée ou contenue, les prochaines élections devraient voir les indépendantistes progresser ou en tout cas les partisans d’une plus grande autonomie, celle-là même dont le refus avait permis à l’indépendantisme de marquer de nouveaux points.

L’épreuve de forces qui s’annonce ne résoudra autrement dit rien mais aggravera tout et c’est pour cela que le moment n’est plus à déplorer l’aventurisme des indépendantistes ou la cécité avec laquelle les conservateurs espagnols ont interdit l’affirmation nationale catalane avant de refuser l’organisation d’un référendum légal que les indépendantistes auraient pourtant perdu.

De chaque côté, la listes des erreurs commises est longue mais il s’agit de les réparer, pas d’en faire des munitions, et d’aider Espagnols et Catalans à se sortir de cet absurde engrenage. Si ce n’est pas l’Union européenne, ce peut-être la Suisse, l’Eglise, la diplomatie vaticane ou d’autres encore mais ce pays a besoin d’aide, d’une médiation permettant de donner du temps au temps et de trouver les compromis grâce auxquels personne n’aurait à perdre la face.

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